La Route des Mouettes

Agro écologie


Jatropha ou mécidinier

Article et photos récupérés sur Internet.

 

“Dans le contexte du changement climatique et de la flambée du baril de pétrole, le recours à des énergies alternatives est très attendu. Jatropha curcas est une plante des zones tropicales arides dont les fruits sont riches en huile et qui permet d'envisager des rendements supérieurs à 1800 litres d'huile à l'hectare. Avantage considérable par rapport au Colza ou au Tournesol: sa culture n'entre pas en compétition avec les cultures à vocation alimentaire ou avec les forêts à biodiversité élevée.

Jatropha curcas (également appelée pourghère, pignon d’Inde ou médicinier), est une euphorbiacée aux propriétés médicinales originaire d’Amérique centrale et aujourd’hui répandue dans le monde entier. Cultivée en Amérique centrale depuis l’époque pré-colombienne, elle est appelée bagani en Afrique, piñon de tempate, coquillo, coquito, ou encore cotoncillo dans le monde hispanophone et Pinhão de Purga ou Pinhão de Paraguai dans le monde lusophone (Brésil, Cap vert, Portugal). Le mot tempate dérive d’un mot náhuatl (la langue des aztèques) qui signifie médecine de la bouche, en référence à l’usage de la plante pour soigner des infections buccales.

Composition chimique et utilisations de la plante

Au marché des plantes médicinales de Ver-o-Peso de Belém, Brésil, cette plante est vendue mélangée avec la cucurbitacée Luffa operculata et utilisée lors de rituels afro-brésiliens. L’écorce contient un saponoside stéroïdique. Le fruit, la graine, l’écorce et les racines contiennent de l’acide cyanhydrique, extrêmement toxique, ainsi qu’une lectine, plus précisément une toxalbumine très toxique appelée curcine, molécule proche de la ricine du ricin (les lectines sont des protéines qui ont la capacité de se lier à des glucides et qui sont utiles à la protection de la plante, par exemple contre les insectes). Les fruits (ainsi que les 2 ou 3 graines qu’ils contiennent) ont des propriétés contraceptives.

Au Gabon, les graines moulues et mélangées avec de l’huile de palme sont utilisées pour tuer les rats.
Plusieurs intoxications sévères furent décrites dans la littérature chez de jeunes enfants mais tous eurent une issue rapidement favorable. Cependant, la très forte toxicité de la curcine rend toujours possible un décès par consommation de Jatropha curcas. Du fait de la mauvaise odeur que dégage la plante et de sa toxicité, les animaux ne la consomme pas et elle est donc utilisée, au Mali par exemple, pour faire des haies.

Jatropha curcas produit un fruit riche en huile (le fruit entier contient 25% d’huile et les graines 37%). L’huile est non siccative et est constituée des glycérides des acides stéariques, palmitique, myristique, oléique et linoléique, d’une résine amorphe et un sistostérol, d’un mucilage composé de xylose, rhamnose, acide galacturique et enfin de curcine.

L’huile peut être utilisée pour produire du carburant vert, des substituts d’huiles industrielles, du savon (avec de la soude caustique, ou, de manière plus rustique, avec des cendres de bananes brûlées), des bougies ou encore du vernis (après oxydation avec des oxydes de fer). Elle est par exemple utilisée pour l’éclairage public de rues près de Río de Janeiro et pour alimenter des groupes électrogènes de nombreux villages au Mali. Les fruits séchés et couverts d’huile de palme s’utilisent comme torches qui peuvent être utilisées même avec des vents puissants. L’huile est aussi utilisée comme purgatif, par exemple au Portugal (huile produite au Cap vert)...Mais à utiliser en très petite quantité, la méthode est radicale et la consommation d’une trop forte quantité est très dangereuse. Elle est aussi utilisée pour soigner des maladies de la peau et pour calmer les douleurs rhumatismales. Le latex possède également des propriétés antiseptiques.Un extrait éthanolique de Jatropha curcas a été confirmé in vitro et in vivo efficace contre la leucémie.

Le jus de la feuille a une couleur rouge et colore les tissus d’une couleur noire indélébile. L’écorce contient 37% de tanins qui donnent une couleur bleu obscur (le latex contient également 10% de tanins). Les tourteaux obtenus après extraction de l’huile par pressage à froid sont de très bons fertilisants (teneur en azote égale à celle des fiante de volaille). La plante est fixatrice d’azote (bactéries symbiotiques au niveau de son appareil racinaire). Détoxifiés, ils peuvent servir pour nourrir le bétail ou les volailles compte-tenu de leur teneur protéique élevée (55-58%). Cette plante qui pousse en zone tropicale aride ou semi-aride permet de lutter contre l’érosion des sols et est utilisée à cette fin en zone sahélienne, au Cap Vert et en Bolivie. A Madagascar, elle sert de tuteur pour la culture de vanille.

Jatropha : l’or vert du désert

L’énorme avantage écologique de Jatropha curcas dans la perpective d’une production en masse de carburants verts est que sa culture en zone aride n’entre pas en compétition avec les cultures alimentaires ou les forêts. Le développement des carburants verts classiques a un impact environnemental non négligeable : en Malaisie, des forêts très riches sur le plan de la biodiversité et habitat notamment de l’Orang outan sont détruites pour planter des palmiers à huile. Au Mexique, le prix de la tortilla, aliment de base de la population, a flambé récemment du fait de l’achat du maïs par les USA pour produire de l’éthanol).

Le rendement moyen en huile avec Jatropha curcas est de 1892 litres d’huile pas hectare et par an mais des rendements 4 ou 5 fois supérieurs sont possibles (rendement en huile du Colza : 572 litres/ha/an ; du tournesol : 662 litres/ha/an ; du soja : 446 litres/ha/an). Si seulement 3% de l’Afrique était plantée en pourghère, cela lui fournirait un revenu annuel de plusieurs dizaines de milliards d’euros. L’Inde a lancé un programme de plantation à grande échelle de cette plante et sélectionne actuellement les cultivars aux meilleurs rendements. L’objectif est de cultiver avec Jatropha curcas 11 millions d’hectares (à comparer à la perte annuelle de 2,4 millions d’hectares de forêt amazonnienne, notamment pour cultiver de la canne à sucre pour produire de l’éthanol). D’important projets ont également été lancés à Madagascar et dans d’autres pays africains (entreprise anglaise D1 Oils, entreprise israélienne Tom Investment, filiale de Madagascar Mineral Fields, etc.). A Madagascar, le litre d’huile de Jatropha est vendu entre 0,20 à 0,28 dollar. En Inde, il coûte 0,40 dollar.

Exigences écologiques de Jatropha curcas (paramètres climatiques et édaphiques dans les conditions naturelles) :

·       Précipitations annuelles : 300 à 1000mm (et plus si sol bien drainé)

·       Période sèche : 3 à 6 mois

·       Altitude : 0 à 1500 mètres

·       Température maximale moyenne du mois le plus chaud : 34°C

·       Température moyenne annuelle : 18 à 28°C

Où la plante croît-elle le mieux ? A une altitude inférieure à 1000 mètres, dans des secteurs arides ou humides, en plaine ou sur des collines, avec des précipitations de 600 à 1200mm et des températures de 18 à 28°C, même si elle peut être plantée sur des sites où la température moyenne mensuelle monte à 34°C. Elle aime les sols pauvres mais les préfère bien drainés. Des sols trop compacts limitent la croissance racinaire. Cet espèce au port arboré ou arbustif qui peut atteindre 8 mètres de haut produit des fruits pendant quarante ans environ et ses qualités insecticides et fongicides conduisent à un usage limité de pesticides. L’espèce peut être attaquée par Lagocheirus undatus, Panthomorus femorauts, Leptoglossus zonatus, Pachycoris torridus et Nezara viridula.

·       Oxford Plant Systematics - Jatropha curcas  :
http://herbaria.plants.ox.ac.uk/adc/downloads/capitulos_especies_y_anexos/jatropha_curcas.pdf

·       Site de référence, créé par le Reinhard K. Henning, le père du Système Jatropha :
http://www.jatropha.net

·       Site indien de promotion de Jatropha curcas,
Greening the earth, earning the resources for rural masses :
http://www.jatrophabiodiesel.org

·       Forum francophone sur Jatropha curcas :
http://jatropha.forumactif.com

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10/03/2008


Agriculture biologique

Madère, l'île verte, veut le rester !

Sur l'île de Madère, située à 630 km des côtes du Maroc, en plein océan atlantique, les "poios" et les "levadas" créés depuis plus de 10 siècles pour permettre aux habitants de l'île de cultiver de petits lopins de terre, génèrent encore indirectement le revenu principal… Les touristes viennent du monde entier pour découvrir ce pays de cocagne. Mais, quand en pleine randonnée des odeurs suspectes sont perçues ou que des tâches poudreuses recouvrent les tomates du marché pourtant si coloré… l'image de marque en prend un coup.

« 240 ha de production biologique en 2007. Il y a dix ans, cette surface était de 21 ha ! », José Marques, directeur de Direcçoa de Desenvolvimento da Agricultura Biologica, est face à un groupe de professeurs de l'université. Nous sommes sur l'île de Madère, à Santo da Serra, à 550 m d'altitude, dans une ferme biologique. « Le gouvernement autonome de la région de madère soutient depuis 2001 la conversion des agriculteurs à l'agriculture biologique, avec un renforcement des mesures en 2006. » Pourtant, l'estampille « bio » n'est pas encore bien connue de la population locale. Afin de promouvoir ce mode de production, des universitaires sont donc aujourd'hui sur le terrain pour découvrir le cahier des charges de la filière et poser toutes les questions directement à un producteur converti depuis 1979.

Un risque sanitaire latent.

L'augmentation de la population de l'île, son désenclavement dans les années 1960 grâce au transport aérien a permis aux produits  phytosanitaires de faire leur entrée. L'agro chimie profitant du manque d'enseignement dispensé en agriculture a propagé ses chimères sans aucune précaution. Ici tout le monde à un jardin, certes petit, mais où chacun cultive sa ou ses micro-terrasse(s) pour se nourrir ou comme revenu d'appoint. Ainsi, le week end, femmes, enfants… viennent sans aucune protection travailler les lopins de terre escarpés. Le risque sanitaire réel n'est pas connu. Mais, a-t-on besoin de faire des études ? Quand vous savez que ce sont les mêmes formulations utilisées en France au niveau agricole qui sont épandues avec des pulvérisateurs… à dos, depuis des décennies.

Sur des exploitations de 1700 m2 en moyenne, les mêmes molécules sont utilisées que dans les exploitations de grandes cultures européennes. Seule différence : les traitements se font au pulvé à dos, les épandages d'engrais à la main.

Mais le gouvernement autonome de Madère a décidé de reprendre les rennes. Il faut dire que de nombreux touristes, dont une bonne partie d'origine allemande sensible au respect de l'environnement, se sont plaints de sentir des effluves chimiques lors de leurs randonnées dans l'île ! Or, le tourisme est la principale activité économique de l'île (76 % de la valeur ajoutée contre 3% pour l'agriculture, la forêt et la pêche). Il ne restait donc plus qu'à convaincre les locaux. Pour cela, un soutien financier à la filière bio a été débloqué, complété par des aides européennes. Ainsi, la présence de conseillers techniques sur toute l'île permet la mise en place d'un plan d'assistance technique, sur trois ans pour tout agriculteur qui souhaite se convertir au bio. Horticulture, maraichage, viticulture, canne à sucre… Toutes les cultures sont concernées, même la banane !

La banane fera-t-elle virée l'île au bio ?

Alors que c'est sûrement pour protéger cette culture, que les insecticides les plus dangereux ont pénétré dans ces jardins suspendus au milieu de l'atlantique, la banane bio se développe. Nous voici maintenant avec M. Luis RIBEIRO, responsable régional au ministère de l'agriculture et de l'environnement, à la station expérimentale de PONTA DO SOL. Ici, les pieds de bananiers sont plus espacés que la culture dite « traditionnelle » ; ainsi, le soleil pénètre mieux entre les pieds ; l'air circule mieux ; les bananiers sont moins malades. Les trips ne sont plus en contact avec les régimes grâce à l'utilisation de sacs protecteurs. Pour multiplier les variétés adaptées au climat de l'île mais parfois originaires des Canaries, de Guyane, la technique du clonage in vitro est utilisée. La micro irrigation évite le gaspillage de l'eau. Des insecticides, reconnus par la charte ECOCERT, sont encore appliqués. Mais ils ne sont plus qu'au nombre de deux au lieu de 10 en conventionnel. Au final, les agriculteurs rencontrent surtout des problèmes de désherbage. La production diminue les deux premières années, puis remonte, une fois l'équilibre retrouvé sous le feuillage de l'herbe la plus grande du monde.

      

Non aux OGM !

« Les OGM n'auront pas droit de cité au sein de l'île de Madère. Le DDT aussi était inoffensif, nous avons bien vu après »,  M RIBEIRO a travers ces propos nous explique que le gouvernement autonome de Madère ne souhaite pas des OGM. La Laurisylva, forêt de Lauriers, renfermant des espèces endémiques et notamment des fougères arboressantes, les poumons de l'île, doit être préservée. Cette végétation capte en effet l'humidité des nuages, voire les retient, et permet à l'ensemble de l'île d'être alimentée en eau. Arriveront-ils à résister aux pressions ou à la contamination « fortuite » ? Nous leur souhaitons.

 

Jusqu'à sept récoltes par an.

A Madère, l'agriculture tout mode de production confondu occupe seulement 7% du territoire de l'île, mais est très diversifiée : banane 640 ha, vigne 1520 ha, horticulture 2201 ha, fruits 500 ha et canne à sucre 130 ha. Ces surfaces peuvent nous paraître ridicules, à nous autres français, habitués aux grandes plaines céréalières. Mais si vous apprenez que la surface moyenne d'une exploitation est de 1700… mètres carrés, en plusieurs parcelles, pour une déclivité souvent supérieure à 25% et que l'âge moyen des paysans est de 65 ans. Respect ! Car, l'île est quasiment autonome pour tout ce qui est fruits et légumes. Mais comment est-ce possible ? Le relief de l'île crée une succession de microclimats.  A chaque étage et orientation, sa culture : le bord de mer, côté sud, est propice à la banane et à la canne à sucre ; quand vous voyez les vignes c'est que vous êtes à une altitude de 150-200 mètres ; le maraichage se fait sa place entre, adaptant  les espèces au milieu : avocats et tomates à basse altitude, carottes, patates douces et pommes de terre à partir de 200-300 mètres …  Parfois, tout ce mélange ! Ou plutôt occupe plusieurs étages de ces terrasses suspendues dans le vide par on ne sait quel miracle. Les vignes classiquement cultivées en pergola (de moins de 1.5 m de haut pour ne rien simplifier) abritent entre leurs rangs des pommes de terre, des choux… Pas un centimètre de terre ne doit être perdu. Jusqu'à sept récoltes peuvent être faites par an.


03/01/2008


Agriculture de conservation

J'ai essayé toutes les marques !

Le semis direct permet d'implanter une culture sans labourer, en travaillant le sol juste sur la ligne de semis. De plus en plus d'agriculteurs français adoptent cette technique pour économiser de la main d'œuvre, du carburant... C'est aussi parfois la seule solution pour exploiter des parcelles historiquement en prairie. Au Portugal, où des aides agro-environnementales ont favorisé le développement de cette technique, comment les portugais font pour semer sans travailler le sol dans des terres « difficiles » ?

« Mon semoir a tellement changé… je ne sais plus comment il était quand je l'ai acheté ! », Maria Gabriela CRUZ, présidente de l'association de l'Agriculture de Conservation du Portugal, APOSOLO, regarde son semoir John Deere. « Pour le semis direct, j'ai essayé toutes les marques… aucun semoir n'a été satisfaisant. Avec l'argile et le mulch (résidus des couverts précédents), c'est difficile de trouver le bon compromis. » Nous sommes au Portugal, dans la région d'Elvas, proche de la frontière espagnole. L'exploitation agricole est sur deux sites. Le premier couvre une surface de 180 ha, le second 230 ha. Toute la ferme est conduite en sans labour depuis 10 ans. Nous sommes sur le premier site, devant un semoir pour semis direct, de 6 mètres de large, dont la couleur jaune et vert nous informe sur le constructeur d'origine. Un disque ondulé (pour découper des résidus de matière organique) suivi d'une dent type chisel sans patte d'oie (pour ameublir le sol sur 10 cm) ont été notamment ajoutés sur chaque ligne de semis.

Mon père produisait du riz.

« Je fais du maïs sur maïs, je n'ai pas le choix ».  Le sol est de type alluvionnaire, pauvre et composé de graviers plus ou moins grossiers. Mais ce qui pose problème, c'est la couche d'argile qui se trouve à 25-30 cm de profondeur. Les nombreux pivots d'irrigation couvrant jusqu'à 60 ha par pivot et alimentés par un barrage proche témoignent de la faible pluviométrie : 400 mm par an à Elvas. Les rares précipitations sont très irrégulières (à partir d'octobre jusqu'en mars) et souvent très importantes (plus de 30 mm par évènement pluvieux). L'eau se trouve donc bloquée assez rapidement par cette couche imperméable. « Ici, mon père produisait du riz. J'ai arrêté, car les consommateurs ne veulent que du Basmati. » 

Pour semer du maïs, la période favorable est estimée à deux trois jours. Il convient bien sûr d'attendre que le sol se ressuie, mais pas seulement. Il doit se réchauffer. Nous voici devant un décompacteur à dents droites, lui aussi bricolé, adapté par le salarié agricole, d'après les réflexions de l'agricultrice, « Il vient d'Ohaio. Lors d'une démonstration, j'avais emmené mon père. Ce dernier n'était pas descendu de la voiture qu'il s'est écrié : ça, c'est fait pour nous. » Grâce aux dents droites, tels des couteaux dans du beurre, la couche plastique et imperméable est ouverte en profondeur, sous la traction d'un 240 cv. L'eau s'évacue donc facilement ; l'air rentre, séchant, oxygénant et réchauffant les fissures ainsi créées. Le semoir repassera dans le passage exact de cet outil, à partir de mai, période à partir de laquelle les semis pourront en effet débuter.

 

Modifications sur le semoir John Deere.

Pourtant Maria Gabriela CRUZ ne désespère pas de trouver le semoir idéal pour ses terres. De retour au bureau, elle nous montre une photo d'un autre semoir. « C'est ce système qu'il me faudrait, d'un point de vue agronomique. Il y a tout ». Economiquement, cela permettrait en effet d'économiser un passage, coûteux en carburant. Le "tout en un" lui pose quand même un problème, la terre ne sera pas réchauffée avant... Retour à la case départ. « Cette année, je ferais du maïs OGM. J'ai lu que les distances de 200 mètres, dans une étude de Sciences et Vie, étaient une bonne garantie. Les rendements seront nettement meilleurs, je m'en sortirais mieux.»

Depuis les années 90, le Ministère de l'Agriculture portugais se mobilise pour résoudre de gros problèmes d'érosion. Depuis 2001, l'association APOSOLO ne dispose pas de beaucoup de moyens, même si elle est reconnue nationalement pour ses conseils en cultures annuelles et pérennes telles la vigne et les oliviers. « Nous rencontrons des difficultés. Les aides agro-environnementales pour aider les agriculteurs à faire du sans labour viennent de s'arrêter. Le cours du blé remonte. Les surfaces en betteraves sucrières diminuent. Mes voisins abandonnent la technique.» Pourtant, la grosse pluie (30mm) de la nuit dernière montre déjà des dégâts : de grandes nervures zèbrent certaines parcelles fraichement travaillées, les chemins sont remplis d'une eau terreuse : toute la bonne terre.

 

Maria Gabriela CRUZ réussi à améliorer la teneur en matière organique du sol grâce à un mulch épais, mais l'implantation de cultures intermédiaires, l'utilisation d'herbicides racinaires sont difficiles à réaliser.

Face aux mêmes dilemmes que rencontrent les agriculteurs français, lors d'une intervention en août dernier, au Festival du Non Labour près d'ARRAS, un agriculteur du DAKOTA avait cette réflexion « J'ai constaté qu'il faut respecter le climax de son exploitation : combinaison entre le climat et les végétaux naturellement présents. Moi, c'est facile de faire du blé en semis direct, à l'origine le Dakota était une vaste prairie. Vous, les français, vous viviez dans la forêt… » La solution pour Maria Gabriela CRUZ ne serait-elle pas de refaire du riz (complet et bio par exemple puisque le marché est porteur)… en semis direct ?

 

 « Je suis sur une "île portugaise" ».

A moins d'un kilomètre, le soleil fait miroiter une rivière. L'Espagne est de l'autre côté. L'effet frontière a de grosses conséquences sur la production agricole d'Elvas. Avec une croissance économique de 6.5 % contrairement au Portugal qui dépasse tout juste les 2 %, les investisseurs espagnols et même hollandais font monter les prix du foncier. Ici subsistent des billons de terre où des tomates laissées après la récolte rougissent le sol ; là des oliviers maigrelets, plantés à un mètre de distance pour récolter plus vite, mécaniquement, contrastent avec les milliers de oliviers traditionnels aux troncs torturés mais robustes aperçus en chemin ; nectarines, plantées il y a deux ans par un grand groupe agro-alimentaire, auxquelles le goutte à goutte « nourricier » a garanti une croissance fulgurante de deux mètres cinquante de haut ; ferme laitière hollandaise de plus de deux cents vaches … Ainsi, plusieurs des pivots d'irrigation tournent à moitié chez Maria Gabriela CRUZ. « Je pensais que mon voisin aurait le sens du pays, qu'il me céderait ses terres… mais non, l'offre espagnole était trop belle. »

Oliviers, distants de 1 m, avec goutte à goutte. Est-ce encore le symbole de la Paix ?

 

Résistance au Round Up.

Dans la seconde partie de l'exploitation (280 ha), Gabriela Cruz rencontre un autre problème majeur : la résistance d'une mauvaise herbe au Round Up. « Regardez ce n'est plus une herbe, c'est un arbre ! » Devant nous se dresse de façon presque provocante, une plante à la tige ligneuse : Malvas. Une autre plante est devenue une véritable peste végétale : Coniza Canadensis, une composée. L'herbicide total appliqué depuis une dizaine d'années a des ratés. En fait, lors d'un traitement (herbicide ou autre), une partie infime de la population visée est naturellement résistante. La multiplication des traitements avec le même mode d'action (et encore plus rapidement si c'est le même produit) crée ce que l'on appelle une pression de sélection : seuls les individus résistants restent et se développent. Quelle solution ? Le labour, les successions de cultures plus diversifiées… Le choix ne sera pas facile pour cette « puriste », mais amène une réflexion plus globale sur la technique : utiliser le labour pour ses fonctions « herbicides » occasionnellement… ne serait-ce pas plus durable (gestion des résistances, biodiversité, qualité de l'eau, de l'air…) ? 

  

Coniza Canadensis a envahi les parcelles, suite à une résistance au Round Up (photo de gauche source Internet ; photo droite source personnelle, Elvas nov. 2007).

Autre plante résistante au Round Up : Malvas.


03/01/2008


Changement de climat

Se préparer, mais à quoi ?

Rassurés de savoir que des débats entre experts ont eu lieu à propos du changement climatique, en octobre dernier, nous serions tentés de dormir tranquille. Nous allons troquer nos ampoules à incandescence contre des « basse-consommation », payer l'écotaxe de notre voiture d'appoint un peu âgée… Alors qu'au Mali, la vie des nomades est grandement perturbée, nous n'aurions rien d'autres à faire ? Veinards que nous sommes…

 « Quand j'étais gamin, il y avait des girafes, là juste derrière la colline, sur la terre de nos ancêtres. » Amo fait un geste las, il sourit, mais ce n'est pas de la joie qui se lit dans les yeux, d'habitude si joviaux du Touareg, c'est autre chose... « La dernière que j'ai vue ce devait être un peu avant la grande sécheresse de 1984. » Sur cette pente ocre où de gros cailloux noirs veinent le sol sableux et sec, des arbrisseaux subsistent encore. Nous sommes au bord du fleuve Niger, à Tacharane, prés de Gao, au Mali, en février 2007. Le fleuve qui commence sa décrue est bordé d'une petite frange de verdure, puis après, très rapidement… le sable. « Avant nous étions éleveurs, nos troupeaux pouvaient trouver de la nourriture facilement. Nous aussi, nous prélevions ce dont nous avions besoin par cueillette. Maintenant, nous ne vivons jamais très loin du fleuve, nous sommes devenus sédentaires ». Poussés par l'extension du désert, cette zone tristement connue que l'on appelle le Sahel s'étend. Repoussant la vie, perturbant la vie… le changement climatique fait son œuvre.

Changement de climat, changement de vie.

Tels des paradis terrestres, les jardins montrent que l'espoir est possible. Choux, oignons, patates douces, mangues… se développent sous l'œil vigilant des femmes. Le jardin est au bord du Niger, bordé par un mur de banco, à l'ombre des derniers grands arbres visibles dans le paysage. L'humus y a repris ses droits grâce à leur volonté. Depuis bientôt 10 ans, la technique du compost, proposée par Pierre Rabhi,  porte ses fruits. Le jardin est divisé en planches, ourlées par une petite butte de quelques centimètres de haut. Le compost est apporté dans la zone cultivée. Il retiendra l'eau si précieuse et fournira ainsi aux légumes les éléments nutritifs nécessaires à leur croissance. Pas d'engrais, pas de pesticides, seulement de la patience. Parfois en cas d'attaque d'insectes, l'acacia du village, le Nim, est mis à contribution : ses fruits sont pilés ou ses feuilles utilisées en décoction. Son goût amer éloigne tous les gourmands ailés ou à plus de deux pattes ! Des jardins comme celui-ci, dans chaque quartier du village qui s'étend sur plus de 18 km, vous en trouverez plusieurs. Les femmes, à leur rythme et surtout selon les disponibilités que laissent une vie où toute tâche ménagère prend une dimension que nous n'imaginons pas, apprennent à maitriser ces techniques nouvelles ou parfois seulement oubliées par fatalisme.


 

L'enseignement du compost porte ses fruits.

Les paysans se lancent avec l'appui de l'association locale UAVES dans la réhabilitation d'un périmètre irrigué de 40 hectares. Bien sûr pour commencer, l'essai est fait sur quelques ares. Le riz récolté actuellement peut être considéré comme du riz sauvage, tellement sa récolte est maigre. Un espoir renait. Les canaux d'alimentation sont dégagés. Il va falloir apprendre à maitriser un parcellaire plus grand que la place du village, dompter des vannes d'irrigation qui ne demandent qu'à emmener toute la bonne terre dès leur ouverture… Dans ce paysage désolé, l'eau manquante peut en effet devenir une ennemie. Quand la saison des pluies arrive, le sol asséché, sans couvert végétal, ne résiste pas. L'eau emporte tout sur son passage : arbres, maisons, pistes… rien ne résiste. A la place des torrents boueux, de vastes crevasses témoignent de la violence de l'érosion. « Déplacer les montagnes », les habitants de Tacharane savent donc ce que cela veut dire. Une dizaine de jeunes partent tôt le matin, pour profiter des heures les moins chaudes, ramasser les pierres volcaniques, en amont du village. A mains nues, ils chargent des charrettes tirées par des ânes et vont les placer sur les instructions de l'association agro-écologique aux endroits stratégiques. Ainsi, apparaissent peu à peu des petits monticules, les diguettes qui freineront l'eau dans sa progression. 

 

Après la saison des pluies, les crevasses témoignent de la violence de l'érosion.

Et nous, comment nous adapterons-nous ?

Quelques semaines plus tard, de retour en France, je regarde la photo que Philippe me tend. « Tiens, je ne sais pas si c'est exactement Tacharane, mais nous sommes passés pas loin… en 1978. Je faisais avec des copains le tour de l'Afrique de l'Ouest, en 2 CV.  En tous cas, c'est juste à côté de GAO…» Des girafes sur la photo semblent à peine effrayées par la présence de l'homme. Je reconnais la couleur du sol, les arbres… quoiqu'ils sont maintenant nettement moins hauts et moins nombreux !

 

Région de Gao : à gauche en 1978, les girafes ; à droite en 2007, l'eau peut parfois devenir une ennemie dans ce désert, les habitants construisent des diguettes pour se protéger de l'érosion.

Alors, tout prend une autre dimension. Voir cette girafe, ces familles de nomades heureuses avec leurs troupeaux… Le changement climatique vient de prendre une existence, bien réelle…  Si le changement  de climat venait à faire disparaitre les biches de nos forêts, qu'elles seraient alors les conséquences sur nos vies… ?

Nathalie LEVOEN, Rémy BLOSSEVILLE, http://lesmouettes.blog4ever.com

Entrez en Résilience !

« Capacité des êtres humains à surmonter des épreuves qui auraient pu les briser : comme le métal soumis à un choc, et qui, par résilience, offre une résistance et ne casse pas. Ce terme signifie donc : passer au-delà, se reconstruire. Ce terme se dit aussi pour un écosystème quand celui-ci à la capacité à amortir les perturbations. »  « C'est vert et ça marche », Jean Marie PELT.


18/12/2007


Du Pays de Caux à Tacharane, Mali.

Notre projet de partir voyager en voilier ne date pas d'hier... mais nous ne savions pas qu'il se réaliserait si vite et que l'agro écologie y prendrait une telle place.

Je suis conseillère agricole, à la Chambre d'Agriculture de Seine Maritime. En mai 2006, lors d'un tour de plaine des parcelles de blé de JL X, agriculteur du Pays de Caux, je fais l'amer constat que le commercial de la coopérative qui le "conseille" actuellement n'a pas une démarche si "raisonnée" que cela.
J'explique à JL que le programme fongicide, visant la septoriose, maladie très préjudiciable du blé dans notre département, doit être adapté à la variété, aux dates de semis et au contexte climatique de l'année.
" Tout ce que vous avez fait jusqu'à présent ne sert à rien (il y en avait quand même pour 30 € de produit, si vous ajoutez le coût du pulvérisateur, le temps passé, l'exposition de l'agriculteur aux produits phytosanitaires) ; c'est seulement maintenant que ton intervention sera efficace", conluais-je. JL X me regarde un peu déboussolé.
Je me demandais si je n'y avais pas été trop fort, trop directement... Je ne le connaisssais que depuis une heure, le temps d'aller faire le tour des parcelles et de se présenter. Il se lève, va dans la pièce à côté et me tend un livre.
"Vous connaissez Pierre Rabhi ? Je vous prête ce livre, il faut que vous le lisiez. J'y tiens beaucoup, mon meilleur ami me l'a offert. C'est ma façon de vous remercier pour ce que vous venez de me dire."
Je prends le livre "Le chant de la terre". Je ne connais pas l'auteur. Il vit dans les Cévennes apparemment...
Je vais commencer ce livre quelques jours après, mais je vais le lire d'un trait... quand Rémy veut bien le lâcher, car il l'a feuilleté et ne peut pas s'empêcher de vouloir le finir.

Pierre Rabhi est le président d'honneur de l'association Terre et Humanisme qu'il a fondée.

Nous nous sommes rapprochés de cette association en août 2006. Nous avons décidé pour mieux connaître sa finalité, ses valeurs, ses  objectifs d'être bénévoles pendant une semaine à La Blachère, son siège et centre de formation agro écologique.

Nous avons partipé à l'aménagement du centre, notament à la réalisation d'une retenue d'eau collinaire (les eaux de pluie du toit sont récupérées dans une grande marre artificielle), le désherbage du jardin, l'arosage, la préparation des serres chaudes... Tout en travaillant, nous avons pu échanger avec les permanents, des bénévoles de passage comme nous, mais aussi des bénévoles habitant à proximité donc connaissant bien le fonctionnement de l'association.

Cette semaine de partages s'est terminée sur une belle rencontre avec Anita.
Nous étions intéressés par les actions à l'internationnal de Terre et Humanisme.
Nous voulions avoir une expérience de bénévolat en Afrique, sur une petite durée. Je n'avais jamais été en Afrique, Rémy avait lui eu plusieurs expériences professionnelles. Nous voulions découvrir ce qu'est une action "humanitaire" sur place, nous voulions nous tester pour notre éventuel projet de partir !
Anita nous a écouté, le temps d'un repas, car elle ne pouvait pas nous en accordé plus de temps. Nous étions tous émus, il y avait quelque chose qui se passait... Avec son sourire chaleureux, elle nous a dit : "Si vous voulez venir à Tacharanne en février, vous pouvez venir quinze jours."

C'est ainsi que j'ai connu pour la première fois l'Afrique.
Du 18 février au 06 mars 2007, nous avons été bénévoles, à Tacharane, région de GAO au Mali, pour Terre et Humanisme.

Un rêve venait de se réaliser, l'envie de partir allait se renforcer.


02/10/2007