La Route des Mouettes

Changement de climat

Se préparer, mais à quoi ?

Rassurés de savoir que des débats entre experts ont eu lieu à propos du changement climatique, en octobre dernier, nous serions tentés de dormir tranquille. Nous allons troquer nos ampoules à incandescence contre des « basse-consommation », payer l'écotaxe de notre voiture d'appoint un peu âgée… Alors qu'au Mali, la vie des nomades est grandement perturbée, nous n'aurions rien d'autres à faire ? Veinards que nous sommes…

 « Quand j'étais gamin, il y avait des girafes, là juste derrière la colline, sur la terre de nos ancêtres. » Amo fait un geste las, il sourit, mais ce n'est pas de la joie qui se lit dans les yeux, d'habitude si joviaux du Touareg, c'est autre chose... « La dernière que j'ai vue ce devait être un peu avant la grande sécheresse de 1984. » Sur cette pente ocre où de gros cailloux noirs veinent le sol sableux et sec, des arbrisseaux subsistent encore. Nous sommes au bord du fleuve Niger, à Tacharane, prés de Gao, au Mali, en février 2007. Le fleuve qui commence sa décrue est bordé d'une petite frange de verdure, puis après, très rapidement… le sable. « Avant nous étions éleveurs, nos troupeaux pouvaient trouver de la nourriture facilement. Nous aussi, nous prélevions ce dont nous avions besoin par cueillette. Maintenant, nous ne vivons jamais très loin du fleuve, nous sommes devenus sédentaires ». Poussés par l'extension du désert, cette zone tristement connue que l'on appelle le Sahel s'étend. Repoussant la vie, perturbant la vie… le changement climatique fait son œuvre.

Changement de climat, changement de vie.

Tels des paradis terrestres, les jardins montrent que l'espoir est possible. Choux, oignons, patates douces, mangues… se développent sous l'œil vigilant des femmes. Le jardin est au bord du Niger, bordé par un mur de banco, à l'ombre des derniers grands arbres visibles dans le paysage. L'humus y a repris ses droits grâce à leur volonté. Depuis bientôt 10 ans, la technique du compost, proposée par Pierre Rabhi,  porte ses fruits. Le jardin est divisé en planches, ourlées par une petite butte de quelques centimètres de haut. Le compost est apporté dans la zone cultivée. Il retiendra l'eau si précieuse et fournira ainsi aux légumes les éléments nutritifs nécessaires à leur croissance. Pas d'engrais, pas de pesticides, seulement de la patience. Parfois en cas d'attaque d'insectes, l'acacia du village, le Nim, est mis à contribution : ses fruits sont pilés ou ses feuilles utilisées en décoction. Son goût amer éloigne tous les gourmands ailés ou à plus de deux pattes ! Des jardins comme celui-ci, dans chaque quartier du village qui s'étend sur plus de 18 km, vous en trouverez plusieurs. Les femmes, à leur rythme et surtout selon les disponibilités que laissent une vie où toute tâche ménagère prend une dimension que nous n'imaginons pas, apprennent à maitriser ces techniques nouvelles ou parfois seulement oubliées par fatalisme.


 

L'enseignement du compost porte ses fruits.

Les paysans se lancent avec l'appui de l'association locale UAVES dans la réhabilitation d'un périmètre irrigué de 40 hectares. Bien sûr pour commencer, l'essai est fait sur quelques ares. Le riz récolté actuellement peut être considéré comme du riz sauvage, tellement sa récolte est maigre. Un espoir renait. Les canaux d'alimentation sont dégagés. Il va falloir apprendre à maitriser un parcellaire plus grand que la place du village, dompter des vannes d'irrigation qui ne demandent qu'à emmener toute la bonne terre dès leur ouverture… Dans ce paysage désolé, l'eau manquante peut en effet devenir une ennemie. Quand la saison des pluies arrive, le sol asséché, sans couvert végétal, ne résiste pas. L'eau emporte tout sur son passage : arbres, maisons, pistes… rien ne résiste. A la place des torrents boueux, de vastes crevasses témoignent de la violence de l'érosion. « Déplacer les montagnes », les habitants de Tacharane savent donc ce que cela veut dire. Une dizaine de jeunes partent tôt le matin, pour profiter des heures les moins chaudes, ramasser les pierres volcaniques, en amont du village. A mains nues, ils chargent des charrettes tirées par des ânes et vont les placer sur les instructions de l'association agro-écologique aux endroits stratégiques. Ainsi, apparaissent peu à peu des petits monticules, les diguettes qui freineront l'eau dans sa progression. 

 

Après la saison des pluies, les crevasses témoignent de la violence de l'érosion.

Et nous, comment nous adapterons-nous ?

Quelques semaines plus tard, de retour en France, je regarde la photo que Philippe me tend. « Tiens, je ne sais pas si c'est exactement Tacharane, mais nous sommes passés pas loin… en 1978. Je faisais avec des copains le tour de l'Afrique de l'Ouest, en 2 CV.  En tous cas, c'est juste à côté de GAO…» Des girafes sur la photo semblent à peine effrayées par la présence de l'homme. Je reconnais la couleur du sol, les arbres… quoiqu'ils sont maintenant nettement moins hauts et moins nombreux !

 

Région de Gao : à gauche en 1978, les girafes ; à droite en 2007, l'eau peut parfois devenir une ennemie dans ce désert, les habitants construisent des diguettes pour se protéger de l'érosion.

Alors, tout prend une autre dimension. Voir cette girafe, ces familles de nomades heureuses avec leurs troupeaux… Le changement climatique vient de prendre une existence, bien réelle…  Si le changement  de climat venait à faire disparaitre les biches de nos forêts, qu'elles seraient alors les conséquences sur nos vies… ?

Nathalie LEVOEN, Rémy BLOSSEVILLE, //lesmouettes.blog4ever.com

Entrez en Résilience !

« Capacité des êtres humains à surmonter des épreuves qui auraient pu les briser : comme le métal soumis à un choc, et qui, par résilience, offre une résistance et ne casse pas. Ce terme signifie donc : passer au-delà, se reconstruire. Ce terme se dit aussi pour un écosystème quand celui-ci à la capacité à amortir les perturbations. »  « C'est vert et ça marche », Jean Marie PELT.



18/12/2007

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