La Route des Mouettes

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Plus de place

C'est vrai que nous n'hésitons pas sur les détails, mais voilà :

Plus de place sur le blog !!!

Que faire ? Arrêter ? Passer à une version payante qui doperait en mémoire notre blog ?

Non, nous optons pour un deuxième blog, « La Route des Mouettes suite… » dont voici le lien :

 http://lesmouettes2.blog4ever.com/blog/index-189163.html

Il suffit de cliquer dessus.

A vous de passer de l'un à l'autre pour retrouver les différents moments du voyage.

 

Pour vous motiver à aller sur la suite, je vous annonce juste que :

Gratte Mi et Gratte Na sont de retour...

 


Posté le 17/03/2008 | 58 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Jatropha ou mécidinier

Article et photos récupérés sur Internet.

 

“Dans le contexte du changement climatique et de la flambée du baril de pétrole, le recours à des énergies alternatives est très attendu. Jatropha curcas est une plante des zones tropicales arides dont les fruits sont riches en huile et qui permet d'envisager des rendements supérieurs à 1800 litres d'huile à l'hectare. Avantage considérable par rapport au Colza ou au Tournesol: sa culture n'entre pas en compétition avec les cultures à vocation alimentaire ou avec les forêts à biodiversité élevée.

Jatropha curcas (également appelée pourghère, pignon d’Inde ou médicinier), est une euphorbiacée aux propriétés médicinales originaire d’Amérique centrale et aujourd’hui répandue dans le monde entier. Cultivée en Amérique centrale depuis l’époque pré-colombienne, elle est appelée bagani en Afrique, piñon de tempate, coquillo, coquito, ou encore cotoncillo dans le monde hispanophone et Pinhão de Purga ou Pinhão de Paraguai dans le monde lusophone (Brésil, Cap vert, Portugal). Le mot tempate dérive d’un mot náhuatl (la langue des aztèques) qui signifie médecine de la bouche, en référence à l’usage de la plante pour soigner des infections buccales.

Composition chimique et utilisations de la plante

Au marché des plantes médicinales de Ver-o-Peso de Belém, Brésil, cette plante est vendue mélangée avec la cucurbitacée Luffa operculata et utilisée lors de rituels afro-brésiliens. L’écorce contient un saponoside stéroïdique. Le fruit, la graine, l’écorce et les racines contiennent de l’acide cyanhydrique, extrêmement toxique, ainsi qu’une lectine, plus précisément une toxalbumine très toxique appelée curcine, molécule proche de la ricine du ricin (les lectines sont des protéines qui ont la capacité de se lier à des glucides et qui sont utiles à la protection de la plante, par exemple contre les insectes). Les fruits (ainsi que les 2 ou 3 graines qu’ils contiennent) ont des propriétés contraceptives.

Au Gabon, les graines moulues et mélangées avec de l’huile de palme sont utilisées pour tuer les rats.
Plusieurs intoxications sévères furent décrites dans la littérature chez de jeunes enfants mais tous eurent une issue rapidement favorable. Cependant, la très forte toxicité de la curcine rend toujours possible un décès par consommation de Jatropha curcas. Du fait de la mauvaise odeur que dégage la plante et de sa toxicité, les animaux ne la consomme pas et elle est donc utilisée, au Mali par exemple, pour faire des haies.

Jatropha curcas produit un fruit riche en huile (le fruit entier contient 25% d’huile et les graines 37%). L’huile est non siccative et est constituée des glycérides des acides stéariques, palmitique, myristique, oléique et linoléique, d’une résine amorphe et un sistostérol, d’un mucilage composé de xylose, rhamnose, acide galacturique et enfin de curcine.

L’huile peut être utilisée pour produire du carburant vert, des substituts d’huiles industrielles, du savon (avec de la soude caustique, ou, de manière plus rustique, avec des cendres de bananes brûlées), des bougies ou encore du vernis (après oxydation avec des oxydes de fer). Elle est par exemple utilisée pour l’éclairage public de rues près de Río de Janeiro et pour alimenter des groupes électrogènes de nombreux villages au Mali. Les fruits séchés et couverts d’huile de palme s’utilisent comme torches qui peuvent être utilisées même avec des vents puissants. L’huile est aussi utilisée comme purgatif, par exemple au Portugal (huile produite au Cap vert)...Mais à utiliser en très petite quantité, la méthode est radicale et la consommation d’une trop forte quantité est très dangereuse. Elle est aussi utilisée pour soigner des maladies de la peau et pour calmer les douleurs rhumatismales. Le latex possède également des propriétés antiseptiques.Un extrait éthanolique de Jatropha curcas a été confirmé in vitro et in vivo efficace contre la leucémie.

Le jus de la feuille a une couleur rouge et colore les tissus d’une couleur noire indélébile. L’écorce contient 37% de tanins qui donnent une couleur bleu obscur (le latex contient également 10% de tanins). Les tourteaux obtenus après extraction de l’huile par pressage à froid sont de très bons fertilisants (teneur en azote égale à celle des fiante de volaille). La plante est fixatrice d’azote (bactéries symbiotiques au niveau de son appareil racinaire). Détoxifiés, ils peuvent servir pour nourrir le bétail ou les volailles compte-tenu de leur teneur protéique élevée (55-58%). Cette plante qui pousse en zone tropicale aride ou semi-aride permet de lutter contre l’érosion des sols et est utilisée à cette fin en zone sahélienne, au Cap Vert et en Bolivie. A Madagascar, elle sert de tuteur pour la culture de vanille.

Jatropha : l’or vert du désert

L’énorme avantage écologique de Jatropha curcas dans la perpective d’une production en masse de carburants verts est que sa culture en zone aride n’entre pas en compétition avec les cultures alimentaires ou les forêts. Le développement des carburants verts classiques a un impact environnemental non négligeable : en Malaisie, des forêts très riches sur le plan de la biodiversité et habitat notamment de l’Orang outan sont détruites pour planter des palmiers à huile. Au Mexique, le prix de la tortilla, aliment de base de la population, a flambé récemment du fait de l’achat du maïs par les USA pour produire de l’éthanol).

Le rendement moyen en huile avec Jatropha curcas est de 1892 litres d’huile pas hectare et par an mais des rendements 4 ou 5 fois supérieurs sont possibles (rendement en huile du Colza : 572 litres/ha/an ; du tournesol : 662 litres/ha/an ; du soja : 446 litres/ha/an). Si seulement 3% de l’Afrique était plantée en pourghère, cela lui fournirait un revenu annuel de plusieurs dizaines de milliards d’euros. L’Inde a lancé un programme de plantation à grande échelle de cette plante et sélectionne actuellement les cultivars aux meilleurs rendements. L’objectif est de cultiver avec Jatropha curcas 11 millions d’hectares (à comparer à la perte annuelle de 2,4 millions d’hectares de forêt amazonnienne, notamment pour cultiver de la canne à sucre pour produire de l’éthanol). D’important projets ont également été lancés à Madagascar et dans d’autres pays africains (entreprise anglaise D1 Oils, entreprise israélienne Tom Investment, filiale de Madagascar Mineral Fields, etc.). A Madagascar, le litre d’huile de Jatropha est vendu entre 0,20 à 0,28 dollar. En Inde, il coûte 0,40 dollar.

Exigences écologiques de Jatropha curcas (paramètres climatiques et édaphiques dans les conditions naturelles) :

·       Précipitations annuelles : 300 à 1000mm (et plus si sol bien drainé)

·       Période sèche : 3 à 6 mois

·       Altitude : 0 à 1500 mètres

·       Température maximale moyenne du mois le plus chaud : 34°C

·       Température moyenne annuelle : 18 à 28°C

Où la plante croît-elle le mieux ? A une altitude inférieure à 1000 mètres, dans des secteurs arides ou humides, en plaine ou sur des collines, avec des précipitations de 600 à 1200mm et des températures de 18 à 28°C, même si elle peut être plantée sur des sites où la température moyenne mensuelle monte à 34°C. Elle aime les sols pauvres mais les préfère bien drainés. Des sols trop compacts limitent la croissance racinaire. Cet espèce au port arboré ou arbustif qui peut atteindre 8 mètres de haut produit des fruits pendant quarante ans environ et ses qualités insecticides et fongicides conduisent à un usage limité de pesticides. L’espèce peut être attaquée par Lagocheirus undatus, Panthomorus femorauts, Leptoglossus zonatus, Pachycoris torridus et Nezara viridula.

·       Oxford Plant Systematics - Jatropha curcas  :
http://herbaria.plants.ox.ac.uk/adc/downloads/capitulos_especies_y_anexos/jatropha_curcas.pdf

·       Site de référence, créé par le Reinhard K. Henning, le père du Système Jatropha :
http://www.jatropha.net

·       Site indien de promotion de Jatropha curcas,
Greening the earth, earning the resources for rural masses :
http://www.jatrophabiodiesel.org

·       Forum francophone sur Jatropha curcas :
http://jatropha.forumactif.com

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Posté le 10/03/2008 | 41 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

Quelle semaine !

Samedi 08 Mars : la notion du temps ne nous est pas revenue…

Nous allons partir de Tarrafal, demain. Nous voulons retourner sur l'île de SAL en Fin de semaine : Annie et André, la mère de Nathalie et son beau-père, viennent nous rejoindre lundi 17 pour découvrir le Cap Vert, durant trois semaines. Nous avons deux options en fonction du vent :

-          Si le vent est Est-NordEst, ce qui devrait être le cas : cap 103°, pour l'île de BOVISTA, port de Sal Rei (91 M, soit environ 18h de navigation au pré), puis l'île de SAL (21 M jusqu'à Santa Maria ou 36 M jusqu'à Palmera, cap 355°, sûrement au moteur car nous aurons le vent dans le nez !).

-          Si c'est du Nord-NordEst, plutôt adonnant, nous tentons de rejoindre l'île de SAL, à Santa Maria (85 M, cap 103°, puis Palmera.

Ce matin, nous sommes allés à la police maritime pour récupérer les papiers du bateau.Le policier nous demande « Depuis quand êtes vous ici ? » « Ben, depuis… » Nous nous regardons avec Rémy : deux jours ou une semaine ou un mois ??? Nous ne savons plus. La semaine a été bien remplie, si riche et variée…

Douche (ça fait un bien fou !), corvée d'eau (2 X 20 L et encore 2x20L demain) ce matin. Rémy s'occupe du ravitaillement en eau minérale (2 packs), jerrican d'essence et quelques courses, pendant que Nathalie rédige notre journal de Bord.

 Le matin et le soir, nous avons de nouveaux passagers.

Oui, en plus de Gratte Mi et Gratte Na qui sont revenues depuis hier d'un périple qu'elles n'ont pas encore réussi à nous raconter. Elles ronflent, elles ont l'air de récupérer d'une drôle d'aventure…  Nous vous tenons au courant. Quant à nos passagers, c'est  le taud vert de La Route des Mouettes qui les attire. « Tiens ! Brrzzzz ! Un arbre au milieu de l'eau ! » Ca bourdonne en faisant du sur-place dès le lever du jour, ça s'arrête dans la journée, pour reprendre en fin de journée jusqu'au coucher du soleil. Nous avons croisé nos passagers à terre, dans un bel acacia, en train de se repaitre de pollen. Nous nous sommes renseignés, il s'agit de mouches mellifères, inoffensives. Nathalie, allergique aux piqûres d'insectes est rassurée. Quelques coups de tapette du capitaine quand elles sont trop bruyantes, les éloignent facilement.

Sinon, ce matin encore une magnifique plongée en apnée.

 Centaines de poissons de toutes formes et couleurs, dont nous ignorons pour la plupart le nom : des noir et bleu électriques (rayés ou à pois ou seulement les yeux surlignés) ; des gris avec du vert, jaune, orange ; des oranges avec des bandes et les yeux jaunes ; poissons coffres ; petites murènes ; sorte d'orphis de 40 cm… Toujours pas de poisson au bout du fusil, Rémy est trop sentimental avec les poissons et surtout pas assez lesté pour se stabilisé au fond ! Nous avons découvert un gouffre de 2,5 m de diamètre qu'il aurait été intéressant d'explorer avec les bouteilles. Heureusement les jeunes pêcheurs pensent à venir (à la rame) nous vendre des « Papa Goye », des Garoupas… à 300 esc./kg (si si 3 €/kg), auxquels nous joignons quelques bonbons, gâteaux qui illuminent le visage de ces petits courageux. Grillés, en matelote, en accras, en paëlla… nous mangeons du poisson tous les jours, seule la manière de cuisiner et d'épicer varie !

Alors voici ce qui nous est arrivé cette semaine que nous pourrions résumer :

A la découverte d'une plante aux vertus oubliées, fanions de l'amitié et dégustation de canne à sucre.

 

 

 

A la découverte d'une plante aux vertus oubliées, la Jatropha.

Nous étions passés la veille pour discuter avec le responsable du Parc Monte Gordo. Nous voulions en savoir plus sur leur projet de filets dans les nuages pour récupérer l'eau de pluie, connaitre la technique. Ce n'est pas si simple à mettre en place pour 4 L d'eau par mètre carré de filet récoltés par jour : l'implantation est délicate pour ne pas perturber le cycle habituel de l'eau et assécher des zones actuellement végétalisées. Un test sur une petite aire est prévu. Autre projet de lutte contre l'érosion : multiplier et replanter des plantes endémiques. Nous en venant à parler de nos rencontres, expériences respectives dans le domaine de l'agriculture, de l'environnement.  

 Au cours de la discussion, je demande « est-ce qu'il y a des pieds de "Jatropha" ici. Apparemment de nombreuses îles en produisaient à une époque. Ce matin a RFI, suite aux grèves au Burkina Fasso des agriculteurs qui croulent sous le poids du pétrole et ne peuvent plus acheter du carburant pour faire tourner les motopompes, donc regardent leurs champs dépérir, même chose au Cameroun, Sénégal, le journaliste a ainsi fait allusion au manque de projets « Jatropha ». » Le technicien du Parc ne connait pas cette plante. «Nous la connaissons seulement de nom depuis la semaine dernière, suite à nos échanges avec Francesca Fortes du MAA de Sao Vincente. Cet arbre, plus précisément, produit des graines oléagineuses dont l'huile est un excellent combustible (1500 L/ha contre moins de 500 L/ha pour du colza)» ajoutons-nous. L'attention du technicien est vive. Il va voir ses collègues et demande à deux jeunes capverdiens en formation pour être guide de montagne. « Le nom usuel est Purgeira Curcas » précisons-nous. Un jeune fait signe de la tête en corrigeant ma prononciation erronée. « Il peut vous emmener demain matin en voir. C'est de l'autre côté du versant, vous pouvez en même temps voir un site géologique exceptionnel. »

Le rendez-vous est pris, nous décidons pour finir notre journée d'aller jusqu'à Ribeira à pied « tu sais le petit chemin qui descend raide à la sortie du village » me dit Rémy. Nous achetons une bouteille d'eau pour tenir sous cette fournaise à la Merceria de Cachaço. La jeune fille qui nous sert a l'air de vouloir nous parler : « Habla Frances ?» «Nao, ingles. » « I speak English ». Elle nous tend une feuille posée sur le comptoir, à côté d'un gros dico. Elle est en train de faire un exercice. Elle me montre ce qui est écrit : My name is… Je lis. Elle me demande si c'est bon. "It's ok !" Je reprends alors son texte et l'adapte pour me présenter à mon tour. Heureux de cette rencontre imprévue, nous descendons le vieux chemin, trébuchant sur les pavés, vers Ribeira.

Des écoliers nous doublent, eux dévalent en trombe… chaussés de tongues ! Nous croiserons aussi des femmes, avec un bidon de 20 l d'eau sur la tête, remontant vers leur maison…

Nous n'arrivons pas à nous représenter l'impact que cette quête de l'eau a dans leur vie de tous les jours. Tous les capverdiens sont toujours bien habillés, propres… comment font-ils pour vivre avec si peu d'eau ??? Quels choix ont-ils opérés ?

 

Le lendemain, Florien notre guide nous accompagne donc en excursion « Jatropha ».

Le versant vers la Ribeira de Faja (Nord).

Nous découvrons une autre vallée avec le village d'Hortelao.

Une chaleur torride nous accable dans ce paysage lunaire. Les habitants replantent des Aloès Vera pour retenir le sol très friable, constitué de couches successives de lave, lors de l'éruption du Monte Gordo, il y plusieurs centaines d'années.

« Au milieu de rien » pourrait-on dire, car plus rien ne pousse : Purgeira Curcas tient bon. Ses capacités de résistance à la sécheresse sont étonnantes. De nouvelles feuilles bourgeonnent même.

Purgeira Curcas 

Florien nous explique que les capverdiens utilisent Purgeira pour soigner des maux de ventre, mais aussi faire du savon guérissant les problèmes de peau. Il existe un site très intéressant pour mieux connaître Jotropha, dont nous allons entendre parler dans l'avenir et qui permettra aux pays du Sahel d'être autonomes en carburant. Je vous mets un extrait dans la partie AGROECOLOGIE du blog.

C'est le « printemps » depuis peu, nous avions remarqué à notre retour de Mindelo que la ville de Tarrafal était plus verte ! Non, ce n'est pas une blague, ni l'effet de la pluie. Nous n'y avons pas cru au départ et nous sommes renseignés. « Oui, les arbres bourgeonnent »

Nous arrivons dans un endroit vraiment époustouflant : les couches de lave ont été malaxées, travaillées par des glissements ou plissements de terrain… ? Une gamme inimaginable de couleurs s'offre à nous.        

Les habitants d'Hortolao replantent des aloés verra pour lutter contre l'érosion. Seule plante à survivre dans cette aridité.

Nous aurions bien prolongé notre balade, mais nous devons être à 15H à Tarrafal pour faire les fanions avec les lycéens. Retour en aluguer, plein de lycéens. Arrivés à Tarrafal, à notre étonnement, certains disent au chauffeur de nous déposer au lycée. Ils devaient être au courant de notre démarche. « Nao, o porto ». Je leur fait comprendre que le rendez-vous est à 15H. Certains demandent s'ils peuvent venir dessiner. Je leur réponds de voir avec Tatiana. Un petit bain de mer suivi d'une douche nous fait le plus grand bien !

Puis, en route pour notre grand pavois….

La nuit sera bonne !

 

Fanions de l'amitié

 

Nous étions revenus à Tarrafal dans l'objectif de concrétiser l'échange entre le collège de Saint Nicolas d'Aliermont et le lycée de Tarrafal. Mais, Tatiana, professeur de français, n'a pas reçu le soutien de sa direction, voire plutôt des bâtons dans les roues. Il a donc fallu encore quelques allers et retours au lycée. Mardi soir nous pensions que tout tombait à l'eau, car chaque jour le rendez-vous  avec les élèves se décalait. Il faut dire que les huit élèves apprenant le français et retenus par Tatiana pour décorer les fanions sont de différentes classes. La directrice devait faire le nécessaire pour les regrouper durant deux heures. Tatiana a tenu bon et accepté de venir durant son jour de congés, jeudi. « Seul jour où la bibliothèque peut nous accueillir pour dessiner ».

Des dessins avaient été préparés sur des feuilles de papier. Ils étaient très fournis en détails. « Peut-être trop » pensions-nous, mais nous ne savions pas la facilité et la précision qu'ont les jeunes capverdiens pour dessiner à main levée.

Ils choisissent des couleurs légèrement cassées, mais créant une harmonie dans l'ensemble du dessin.

Le résultat est magnifique :

Nédir a voulu parler de la sécheresse, symbolisée par la chute des feuilles...

Scènes de la vie à Tarrafal : le père pêcheur, la mère porte le poisson et garde les enfants. Merci Stéphanie.

 En plus des fanions, des jeunes filles ont donné des poèmes, des recettes de cuisine…

Merci à toutes et tous, nous prendrons soin de vos cadeaux jusqu'à notre retour en France.

La Route des Mouettes est maintenant décorée d'un pavois franco-capverdien.

 

Dégustation de canne à sucre !

Nous avions rendez-vous à la délégation du Ministère de l'Agriculture et de l'Environnement, à Vila Ribeira Brava à 8H, vendredi.

Levés à 6H, nous sommes devant Shell à 7h pour prendre le premier aluguer pour Ribeira Brava. Difficultés pour le remplir. Après plusieurs tours et détours en ville, des grand-mères au verbe toujours allègre et enjoué s'installent peu à peu à bord, chargées de poissons (et de leurs odeurs difficiles à supporter après le petit déj.), de cartons, de cabas… Nous partons enfin. Les travaux de construction de la route avancent vite. Ce serpent de bitume dans le désert de cailloux donne aux chauffeurs envie de rouler plus vite, attention aux virages ! Ouf !

Ilidio, technicien agricole spécialisé dans le goutte à goutte, nous accueille. Il a étudié à Cuba et parle seulement le portugais et l'espagnol. Il nous propose d'attendre Daniel, un autre technicien agricole spécialisé en production animale, qui parle un peu français. Ce dernier a une réunion qui doit finir à 10h30… Nous attendrons jusque midi, heureusement nous avions un peu de lecture et avec Ilidio, nous échangeons en franco-créolo-portugais sur nos métiers de conseillers agricoles. Des chants d'enfants envahissent le bâtiment du ministère de l'agriculture : « Agua é a vida !... » Sont-ils là pour mettre du poids à la réunion organisée pour le programme MILLENIUM dont nous parlerons plus loin ou est-ce une action de sensibilisation des enfants au respect de l'eau… Nous n'osons pas demander !

Il me donne la liste des produits phytosanitaires homologués au Cap Vert où je trouve de nombreux produits que nous n'utilisons plus, surtout des insecticides. Il me remet aussi le guide technique des productions horticoles et maraichères. J'y trouve des conseils calqués sur nos pratiques de pays riches : engrais 15-5-20, produits phytos, semences F1 (hybrides, dont le paysan ne peut pas ressemer une partie de sa récolte)… Je me demande comment ils vont pouvoir tenir avec un pétrole à plus de 100 $/baril !??? Leur autonomie alimentaire est construite sur une autre dépendance : celles des intrants. C'est mieux pour la conscience : on ne peut rien contre la montée du pétrole.

 Ilidio et Daniel nous emmènent à Faja, la vallée où les français ont réalisé un tunnel pour laisser l'eau captive des roches s'écouler par gravité (voir notre dernier séjour à Sao Nicolau). Un périmètre irrigué de 45 hectares a ainsi vu le jour. Accompagnés de ces techniciens, les paysans nous réservent le meilleur accueil, se laissent volontiers photographier. Ilidio et Daniel nous explique leur métier : formations, accompagnement technique pour l'irrigation, les traitements phytosanitaires ou prophylactiques, montage de projets avec la coopération internationale… des collègues au milieu de l'Antlantique.  

Réservoir de 300 m3 financé par la coopération française, alimentant 15 ha.

 

Ilidio nous montre l'ancien système d'irrigation en levadas qui gaspillait l'eau. Le goutte à goutte est financé par l'état sur une petite surface de certaines exploitations. « Il faut que l'agriculteur s'engage à y produire des légumes et pas de la canne à sucre, pour le Grogue ». Mais, nous voyons quelques parcelles où les paysans passent outre, ce qui semble énerver les techniciens. Les tuyaux sont percés tous les vingt ou les trente centimètres.

Un agriculteur-propriétaire nous offre du manioc.

« Son sol est très argileux. C'est difficile à travailler. Les rendements sont faibles dans ce type de sol : 5 kg au lieu de 10 à 15 par pied.» nous précise Ilidio. D'ailleurs des ouvriers peinent à bêcher.

Je retrouve la terre de la Woëvre meusienne que nos hivers sous l'action du gel et du dégel permettent d'éclater. Ici, j'ajouterais du sable pour alléger, vu les petites surfaces et l'abondance du sable à proximité ! L'agriculteur nous interpelle : « j'arrive à produire 14 kg par pied ! Ici !» dit-il fièrement, nous montrant le sol crevassé. Nous saluons tous sa prouesse technique. Il accepte avec dignité, son corps semble se détendre, le doute dissipé. Nous sourions avec Rémy, retrouvant ici au Cap Vert des attitudes physiques plus fortes que des mots, que nous connaissons bien : Rémy étant du milieu, moi par mon travail. Comme si l'agriculteur ressent, en quelques secondes en se remémorant, depuis le travail du sol au paiement de sa récolte, toute l'énergie qu'il a dû fournir … Son corps se crispe, un peu, nous invitant alors au respect de son travail. Avec pudeur, chaque paysan nous  exprime ainsi la difficulté d'avoir une belle récolte.

Puis, c'est un autre qui nous offre de la canne à sucre.

Nous repartons tous les quatre avec notre bâton de plus d'un mètre cinquante de haut. Nous nous arrêtons devant une autre maison : « c'est chez une agricultrice. » Elle nous propose de nous préparer quelques morceaux de canne pour les mâcher. C'est vrai il est 13h, il commence à faire faim. « C'est la première fois que j'en mange. C'est frais et parfumé. Ca met un coup de fouet.» dis-je en mâchonnant un petit bout de quelques centimètres.

Association de maïs avec des poivrons.L'ombre du maïs évitera aux seconds d'être brûlés par le soleil.

« Ici, c'est un producteur de grogue. » Nous entrons dans une jolie cour verdoyante de plantes mises en pot : fougères, géranium… Un monsieur en fauteuil roulant nous accueille, puis arrive une femme âgée, au visage lumineux de sympathie. « Ils produisent du Grogue à Queimara ». La femme nous tend de petits verres haut de 3 cm… rempli de Grogue. Très fruité, il est nettement le plus agréable de tous ceux que nous avons goûté jusqu'à présent. Rémy finit le mien.

Le soleil semble plus chaud tout à coup ???

Nous croisons un jeune agriculteur président de l'association locale. « Il y a 22 associations dans l'île de Sao Nicolau. Les agriculteurs se regroupent pour acheter du matériel en commun, monter des projets, organiser la vente des légumes sur l'île de Sal, notamment… Lui, il est très dynamique, toujours prêt à tester de nouvelles techniques. Nous pouvons nous appuyer sur lui pour montrer aux autres. Les autres attendent souvent de voir si ça marche» précise Ilidio. « Moi aussi, heureusement que certains ont la même attitude, en France, pour pouvoir avancer… » Suis-je obligée de constater pensant à quelques visionnaires qui se reconnaitront !  

Le Cap Vert est passé de Pays Moins Avancé à celui de Pays à Développement Moyen depuis le 1er janvier 2008. Sous ces appellations que nous trouvons grossière, attribuées à des pays « en voie de développement » par des « pays développés », il faut comprendre que le Cap Vert va mieux économiquement, socialement… mais peu mieux faire ! Affublé de cette étiquette, les « pays émergeants » peuvent prétendre à des aides internationales. Ainsi, un nouveau programme « MILLENIUM », pour l'agriculture, est en train de voir le jour sur les îles de Sao Nicolau, Bovista et Santiago. Je n'ai pas eu de détails très précis, à Praia j'en saurais plus je pense. Mais, Ilidio et Daniel nous montrent quelques parcelles en expérimentation.

Papayes du programme MILLENIUM, avec quelques pieds de courgette dans leur ombre : la monoculture a montré ses limites en Europe, les financeurs de projets de développement tenteraient-ils de ne pas reproduire les mêmes erreurs dans les pays « émergeants » ? Finis les techniques fonctionnant au pétrole (nb : les engrais représentent 65% de l'énergie consommée par les fermes européennes) qui vont avec ? Au système d'aspersion permettant d'économiser l'eau (point positif) sont couplés : variété à croissance rapide et bonne productivité venant de Cuba que les acariens ont déjà l'air d'adorer (donc Décis, insecticide miracle, va intervenir dans peu de temps), engrais solubles directement injectés dans le circuit, espacement d'un mètre cinquante… : pseudo culture pérenne associée à des annuelles. « Ces papayers ont six mois » précise Ilidio, au milieu d'arbres de un mètre cinquante de haut. Le soleil est généreux dans le coin !

Nous quittons nos techniciens-guides vers 16h. Echange d'adresses mail pour envoyer les photos et remerciements sincères pour tout ce temps passé, ces belles rencontres, trop brèves. 

 

Pour finir, quelques dictons, presque philosophiques, entendus sur RFI, où les africains ne font pas que se plaindre du changement climatique et du cours du pétrole trop élevé :

« On ne piétine pas deux fois les testicules d'un aveugle ».

« Quand on sème des épines, on ne va pas sans sabots ».


Posté le 09/03/2008 | 60 consultations | 1 commentaires | Voir et commenter l'article

Quatre années sans.... pluie !

Coucher de soleil à Tarrafal, au loin Razo, Branco.

Comment ne pas penser à hier soir ? Cela parait si calme et paisible ce soir !

En voyant les fanions des élèves français et en regardant la bouleuge à l'horizon, nous nous disons que cela valait le coup de venir porter ce message d'amitié.

 

27 février : il fallait vraiment avoir envie d'y arriver à Tarrafal.

Nous devons repartir pour Tarrafal où les lycéens doivent nous attendre pour concrétiser l'échange avec le collège de Saint Nicolas d'Aliermont.

Nous nous engageons vers 13h15 dans le canal entre Sao Vincente et Santo Antao. Le flux nous porte, le vent nous pousse avec ses rafales entre 17 à 30nds. Nous portons juste le génois, craignant plus de vent sous l'île.

Nous passons par l'ouest de l'île et au sud des îles Santa Luzia, Branco et Razo. Vent de 15 nds a annoncé la météo des fichiers grib que Rémy a récupérés hier. Moi, j'étais dubitative sur notre départ « Tu as vu l'état de la mer depuis trois jours ? A mon avis, nous allons nous faire secouer. Et puis, les 15 nds de l'autre côté de l'île, tu sais bien que ce sera entre 25 et 45, dû à l'effet de fetch. Les deux combinés… » Mais Rémy me rassure : « Nous serons travers ou portant. La navigation devrait s'améliorer quand nous aurons passé le canal de Santa Luzia et que nous seront dégagé des effets de côte de Sao Vincente. Nous remettrons la voile à ce moment».

En fait, nous ne pourrons jamais remettre la voile. Moteur et génois au mieux. Le canal de Santa Luzia se transforme vite en programme essorage 1000 tours. Pas de houle, mais le clapot des zones « vent contre courant ». Petit baume au cœur : nous pêchons une bonite et croisons un gros cétacé gris que nous n'avons pas réussi clairement à identifié : gros dauphin, baleineau ?? Le vent qui était annoncé Nord Est virant Nord est plein Est ! Prés très serré, houle légèrement de travers. « Va te coucher, je t'appellerais quand je voudrais dormir » me dit Rémy, vers 20h « Nous risquons d'en avoir pour un bout de temps ».

 « Quand nous serons dégagé de Razo, ça devrait être mieux. » dit Rémy vers 23h qui ne perd pas espoir, encore 15 miles à faire. Mais sa patience éclate : c'est pire, vent de face, il faut rouler complètement. Raffale à 30 nds. Vitesse nulle même un moment. La Mouette en fait demi-tour toute seule. Barre incontrôlable, il faut s'assoir sous le vent pour barrer, car nous sommes obligés constamment de pousser la barre à fond. Vitesse entre 0.5 et 3 nds, moteur à 2500 t/mn!

Je nous vois déjà toute la nuit en mer… Je vois quelque chose de phosphorescent qui vole « Qu'est ce que c'est ? » Mon cerveau n'a pas le temps d'analyser que je me prends une vague en pleine poire. « De l'eau chargée en plancton qui brille dans la nuit, bref une vague » analyse rétrospectivement mon cerveau engourdi.

Pénible à vous dégouter de naviguer. Depuis bientôt deux mois nous n'avons pas pu avancer à la voile, peinards. Toujours des surventes ou une mer agitée ou le vent dans le nez ou pétole… Nos nerfs sont mis à rude épreuve. Peu à peu nous gagnons du terrain. Les lumières de Tarrafal et le projet de jumelage des deux écoles nous guident et nous fait tenir le cap.

Puis, soudain à l'abri de Sao Nicolau, le vent chute, la mer s'aplatit, même la lune se lève. Nous sommes tout bizarres. A Tarrafal : pétole. A 2h30, nous sommes au mouillage. Onze heures pour faire 60 miles !

Nous mangeons une soupe, puis au lit ! Demain, nous irons prendre une bonne douche et voir Tatiana la prof de français du lycée. Notre programme des jours suivant se décidera alors.

 

 

26 février : Ribeira do Calhau.

Francisca Duarte Fortes, directrice de l'antenne du Ministère de l'Agriculture de Sao Vincente, nous accorde encore de son précieux temps, ce matin. Elle nous emmène voir la Ribeira de Calhau, l'ancienne vallée verte de Sao Vincente.

Nous la remercions de nous avoir permis de faire connaissance avec Alberto, Florentina et leurs filles. Nous bavardons sur le  week end enrichissant que nous avons passé à Santo Antao. Nous nous dévoilons aussi un peu plus personnellement et abordons les réalités qui touchent différemment nos pays.
Nous reparlons aussi agriculture. Notamment, les insectes (mille pattes, nématodes) ravageurs des cultures de Santo Antao. Je montre à Francisca le livre de Kokopelli « Dommage qu'il ne soit pas en portugais.» Je lui promets de me renseigner après une version portugaise. Je m'arrête à la rubrique des fleurs : « Tagete Minuta à des vertus nématicides. Deux possibilités : pour les sols infestés, il faut faire un couvert complet du sol ; l'efficacité est valable alors trois ans ; la biomasse produite sert pour refaire du compost ; les fleurs égaient le jardin. En prévention, il suffit d'en mettre quelques pieds dans le jardin. » Francisca prend note. « J'ai reçu hier le monsieur dont l'agriculteur nous avait parlé la semaine dernière. Je lui ai dit que, même donnés, les produits phytosanitaires ne sont pas une solution pour nous. »

 Ribeira do Calhau :

Cette vallée était alimentée par la récupération des eaux de pluie et par des forages. Mais, PAS DE PLUIE DEPUIS 4 ANS ! Cette vallée fertile se transforme peu à peu en désert.  De nombreux forages ne servent plus, car la nappe souterraine est devenue inaccessible, voire a disparue.

Francisca se souvient « Quand j'étais enfant, tout était vert. Toutes ces terrasses étaient cultivées. Après, peu à peu, le manque d'eau a gagné du terrain. Maintenant qu'il ne pleut plus, il reste quelques forages, mais la quantité d'eau prélevée est réglementée. Parfois nous pouvions pomper 3 fois par jour pour remplir ce bassin de 50 m3 ; maintenant nous ne pouvons pas plus d'une fois.» Dans cette vallée, nous constatons la présence de murets encore en bon état, des éoliennes, des bassins de rétention de plusieurs dizaines de m3 qui commencent à se délabrer, à s'ensabler… Parfois, une touche de verdure nous signale la présence de l'eau : palmiers dattiers, papaye, légumes… tout pousse ! Les hommes combattent le vent par tous les moyens.

Nous rendons visite à une association qui s'occupe d'enfants dont les familles n'arrivent pas à assumer la charge. Des enfants de tous âges nous accueillent en souriant, prêts à jouer. Les bâtiments sont en très bon état : une grande salle commune sert de lieu de vie ; la cuisine aux normes d'hygiène sent bon la cuisine familiale ; les dortoirs colorés et parfumés sont décorés par les dessins des enfants représentant le jardin avec l'éolienne, les pieds de maïs, des fleurs… Les enfants savent déjà ce qui est important pour eux. Séquence émotionsssss !

Le jardin de l'association est en plein essor : de la bonne terre a été rapportée (un peu trop fine et manquant d'argile à mon goût, mais avec du compost…), le goutte à goutte est en cours de montage, le forage avec éolienne fonctionne et fournit toujours de l'eau. Seul problème : l'association n'a pas de quoi payer de la main d'œuvre, donc l'avancement est très lent. Heureusement, Francisca qui soutient cette association les aide à trouver des solutions. Ainsi, un rapprochement avec une autre association de paysans permettrait de trouver un compromis : les uns n'ayant pas de terre avec possibilité d'irrigation, les autres n'ayant pas les bras pour exploiter leur terrain. Encore faut-il espérer que ces mêmes paysans sauront cultiver selon les méthodes biologiques. Il subsiste quelques nims dans la vallée. Francisca nous explique que quelques paysans l'utilisent toujours pour ses vertus insecticides, en décoction. Nous expliquons qu'à Tacharane, au Mali, ces applications sont classiquement utilisées en agro-écologie. C'est vrai que les fenêtres ou étendoir à linge des petits ne sont pas loin...  

Un autre paysan nous ouvre son jardin. Il est en train de traiter ses oignons. Déformation professionnelle oblige, je ne peux pas m'empêcher de lui faire remarquer qu'il y a trop de vent. Francisca traduit et éclate de rire à sa réponse : « Il dit qu'aujourd'hui il n'y a pas de vent ! » Deux minutes avant, dans le jardin, nous avions de la peine à ouvrir les yeux : le vent faisait voler la terre des parcelles non cultivées. Francisca m'explique qu'il a vu la technicienne du ministère il y a quelques jours : après observation des symptômes, la technicienne lui a conseillé un traitement.

« Ce paysan est en fait un métayer, le propriétaire ne fait plus rien suite à la disparition de ses parents dans un accident, il reste coucher à longueur de journée. La technicienne accompagne donc ce jeune homme très volontaire pour lui apprendre le métier ; il a suivi une formation pour se protéger lors des traitements. Il n'a pas encore su prendre en compte les conditions climatiques. C'est un accompagnement qui demande du temps». En repartant, je suggère à Francisca : « La technicienne pourrait lui dire : quand l'éolienne ne tourne pas, tu peux traiter ! » Francisca écoute et nous adresse un sourire de reconnaissance. 

Petite fumière traditionnelle.

Je montre à Francisca, comme j'avais pu le faire avec Alberto, la zone d'asphyxie que crée ce type de technique anaérobie (sans air).

La matière organique ne se décompose pas, elle pourrit, puis se dessèche sous l'effet de la chaleur. Le processus d'humification devra se faire au champ, consommant eau, azote pour réaliser les transformations chimiques. Le compost sera en compétition avec les plantes plutôt que de les alimenter.

Nous suivons la vallée jusqu'à l'embouchure de la mer, vers l'est. La route passe à côté de deux cratères éteints. Arrivés à Calhau, le village est essentiellement résidentiel pour les week ends en bord de mer de certains habitants de Mindelo. Belles villas, parfois fantaisistes. « Ici, nous réfléchissons à un projet de désalinisation pour alimenter les jardins, les habitations de la vallée. Mais, c'est très cher. Nous recherchons des appuis financiers. » nous précise Francisca.

De retour vers Mindelo, elle nous montre la Maison du Golf. « Suite à la venue des anglais, durant le commerce des esclaves, le criquet, le golf sont un peu un sport national. Il y a un projet de faire un golf. Ils utiliseraient l'eau du lagunage. Cela ne peut se faire que si nous avons une station de désalinisation pour l'agriculture... Economiquement, cela serait bon pour nous. Des négociations sont en cours !»

Nous quittons Francisca sur l'esplanade du port en lui proposant de repasser peut-être avant notre départ du Cap Vert. « Nous pourrions venir donner un coup de main à l'association des enfants. »  « Nous voulons planter des arbres pour protéger le jardin du vent. Votre aide serait bien venue… » Nous échangerons des mails et coups de téléphone d'ici là. Affaire à suivre.

 

23 au 25 février : Santo Antao, enfin du vert !

Compte tenu des coups vents fréquents et des risques de vol à Mindelo et à Porto Novo et de la traversée difficile du canal entre Sao Vincente et Santo Antao, nous avons laissé le bateau à la marina de Mindelo. Les pontons y sont flottants, amarrés sur chaine : de vrais tapis roulants ! La nuit y fut très mauvaise.

Levés 6h00, pour prendre donc le ferry qui nous emmène jusqu'à Santo Antao. Le RIBEIRA de PAUL, vieux bateau hollandais prévu initialement pour les rivières, appareille à 07h30. Très rouleur et peu protégé des embruns, il est bon marché (350 esc/pers.) et fréquemment utilisé par la population locale. Ambiance conviviale avant et après la traversée, pendant les gens sont plutôt… malades. Heureusement, grande distribution de sacs avant le départ.

Arrivés à Porto Novo, nous ne sommes pas accostés que les chauffeurs d'aluguers nous hèlent, nous sifflent, nous font des grands gestes… dès que nous regardons le quai. « RIBEIRA ?? PAUL ?? »

Nous les laissons derrière nous et montons vers la ville qui domine le port. La montagne se dresse dans la brume de chaleur, palette de couleurs ocres, bruns, avec des tâches beigespour faire ressortir le tout . Encore un désert ! Nous devons trouver un téléphone pour appeler Alberto, un très bon ami auprès de qui Francisca nous a recommandé. « C'est comme mon frère. Nous avons fait nos études d'agronomie ensemble en Russie. » Nous avons eu un contact rapide avec lui hier soir au téléphone, il est prêt à prendre un peu de temps pour nous en dire un peu plus sur l'île de Santo Antao. C'est précieux quelqu'un qui parle français que dis-je inestimable !

« Prenez l'aluguer Dongo, c'est un rasta. Dites lui de vous déposer chez Bitouk. C'est mon surnom. C'est plus simple, car j'habite un peu à l'écart de Ribeira Grande» « Quero aluguer Dongo ?  Aqui ? … Porto»   Nous trouvons le minibus. Dongo est un peu surpris que je demande après lui, mais quand je prononce le mot clé « Bitouk » son visage s'éclaire.

Parcours en aluguer encore plus impressionnant que dans les autres îles : descentes vertigineuses, montées sans fin ; lacets et virages sans visibilité se succèdent.

La végétation apparait dès que nous passons la crête, versant Nord. Feuillus, conifères, puis en redescendant, la végétation s'éclaircit un peu, mais des arbres centenaires nous saluent. Sous leur frondaison, de petites maisons, des enfants qui jouent, des femmes pillent le maïs… Le long de la route, toujours des ânes porteurs d'eau, des enfants sous des sacs plus ou moins encombrants à la suite de leur mère coiffée d'une bassine, un seau …   
Nous roulons même sur les nuages ! Deux vallées s'étendent à pic de chaque côté de la route, juste un petit muret comme protection du vide, nous apercevons vaguement les parois vertigineuses dans les trouées.

 

RIBEIRA GRANDE

L'aluguer stoppe devant une belle maison au milieu des bananiers.

Nous descendons, remerciant le chauffeur, puis nous gravissons le perron. Une jeune fille nous ouvre accompagnée de deux fillettes. Nous demandons après Alberto. Il n'est pas là. Je fais comprendre que nous avons appelé, qu'il nous a dit de venir ici. Il doit revenir, nous allons attendre dehors. Nous nous retournons et nous constatons que… l'aluguer est toujours devant la porte. Dix paires d'yeux regardent la scène, sans en perdre une miette. Le chauffeur voulait savoir si nous étions à destination et nous pensons aussi qu'il y a un questionnement général : « qu'est ce que ces deux touristes, avec leur sac à dos, leur pseudo portugais… viennent faire ici ??????????????? » Nous faisons signe au chauffeur que c'est bon, nous sommes à bon port. C'est presque déçus que les "yeux interrogateurs" repartent. Nous rions de bon cœur de la situation. Nous nous délectons de cette simplicité, cette gentillesse des capverdiens. Devant le portail deux hommes âgés nous font signe. Ils parlent un peu français. Ils appellent Alberto et demandent à la jeune fille de nous faire entrer.

Alberto arrive, il nous explique qu'il est pris entre la supervision des réparations de sa voiture, la garde de ses enfants en l'absence de sa femme Florentina qui est médecin urgentiste… Il va nous accueillir néanmoins comme des amis de toujours.  Nous faisons connaissance dans la fraicheur de son salon à la décoration moderne, mais restant exotique ; puis dans son jardin, sous les bananiers. Nous lui expliquons notre voyage, que nous ne partons pas au Brésil, ni au Sénégal. « Nous sommes venus pour prendre le temps de rencontrer, comprendre la culture capverdienne, nous rapprocher des ruraux. » Il parle très bien français. Il est ingénieur agronome, il travaille au service environnement du camara de Ribeira Grande (municipalité de RG). Alberto a étudié en Russie, Israël et a voyagé beaucoup : japon,…  Il se démène pour nous trouver une pension pour nous héberger à bon prix, un guide pour notre rando de demain. En une demi-heure nous n'avons plus à nous soucier de ces questions matérielles qui nous auraient pris plus de temps, sans garantie d'avoir fait le bon choix.

Avec ses filles (dont j'ai oublié les prénoms, mille excuses… « Nathalie, tu t'étais promis de prendre des notes, surtout pour les prénoms que tu n'es jamais fichue de retenir » peste ma conscience), nous partons à la découverte de la Ribeira de Ribeira Grande. La matinée passe vite. Nous nous arrêtons dans une exploitation tenue par une femme qui nous salue depuis une terrasse. Alberto nous montre le manioc et ses tubercules, nous donne des explications sur le goutte à goutte dont il maitrise la technique apprise en Israël.

D'ailleurs, il nous amène dans une vallée aride avec un écrin de verdure dans son fond : « J'ai aidé les agriculteurs à installer le goutte à goutte ici, quand je travaillais au ministère de l'agriculture. » La présence des fillettes amplifie l'ambiance conviviale : la petite veut s'assoir seulement sur Rémy dans le 4x4, la grande me montre un petit livre « A mar, a piscina… » « J'ai trouvé un professeur de créole ! ». Nous nous rafraichissons avec un « Mais + » goyave, la petite termine celui de Rémy.  

« C'est ma femme, elle est d'astreinte à l'hôpital, elle revient manger rapidement à midi. Elle veut que vous mangiez à la maison ! » Avec Rémy, nous nous regardons un peu gêné de prolonger notre venue, mais sachant d'avance que ce moment allait être riche d'échanges… nous laissons les politesses de côté et acceptons l'invitation. Florentina nous accueille en nous faisant la bise. Elle est heureuse de parler en français, langue qu'elle ne pratique jamais. Alberto fait goûter le grogue local à Rémy qui tousse un peu après la première gorgée. « Nous avons crée la première confrèrerie de Grogue, hier soir, ici à Ribeira Grande. » précise Alberto. Assis à la grande table familiale, poisson, riz, légumes frais cuits à l'eau (dont du manioc car nous avons avoué n'en avoir jamais mangé en légume)  sont joliment présentés. « Ma mère faisait des soupes de tapioca», se souvient Rémy, mais à sa voix je devine qu'il ne devait pas en reprendre trois fois.

Alberto nous explique la culture du manioc.

Nous nous régalons et le repas s'anime au fur et à mesure, jusqu'à ce que Florentina soit obligée de repartir travailler… Nous restons avec Alberto encore une bonne partie de l'après midi. Il nous montre Ponta do Sol et son aéroport au raz de l'eau. Nous apprenons beaucoup de chose sur l'île, ses traditions, ses joies, ses difficultés… peu à peu le vrai visage du Cap Vert se dévoile à nous. 

Avec émotion, nous saluons Alberto. Comment se dire que nous ne nous ne reverrons peut-être plus jamais après ces échanges si cordiaux ? Nous avoir accueillis dans sa famille si simplement et avec tant d'attentions…, une amitié était déjà presque en traine de naître. Grand merci à vous, famille Lima. Peut-être que nos chemins se recroiseront ? La maison vous est grande ouverte.

Rentrés à la RESIDENSIAL 5 de JULHA, est-ce la nuit mouvementée et en pointillé au port, le flot d'émotions, de découvertes de la journée… nous avons besoin de repos, de prendre du recul. Notre chambre à la pension est calme, les volets tirés laissent passer un peu d'air… la sieste est inévitable.

La pension est familiale, comme la cuisine simple et savoureuse qu'on y propose. Nous y dinons après une ballade dans la ville qui est très calme. Demain, une rando nous attend, sans nous faire prier nous sommes heureux de passer notre première nuit à terre depuis début novembre !! Grand luxe : une douche avant de se coucher ! Pas de mouvements, pas de bruits… ça fait drôle durant les trois secondes qu'il nous faut pour nous endormir.

 

COVA – RIBEIRA DE PAUL

Cette promenade est comme qui dirait « un classique », mais après coup, nous dirions : IL FAUT LA FAIRE ! Nous avons la chance d'être accompagnés par Emmanuel. Il est forestier initialement, il travaille pour le ministère de l'agriculture au service de l'hydrologie. Il fait guide pour arrondir les fins de mois, car avec 70 % de la population fonctionnaire, l'Etat n'arrive pas à joindre les deux bouts et paient peu ou pas son personnel. Il connait très bien les plantes, la montagne, les cultures… Nous sommes ravis.

Rendez-vous à 07h30, nous prenons l'aluguer jusqu'à Cova à environ 1100 m d'altitude.

Les arbres agrippent les nuages et les délestent en captant les fines gouttelettes. « Nous avions fait une expérience pour mesurer ce qu'un arbre peut capter » se souvient notre guide «Jusqu'à 200 litres par an ! » Miracle, il pleut, l'eau change d'état au contact des arbres. Ca dégouline le long des troncs. Nous avons presque froid !

Le cratère de Cova se dévoile dans les nuages.

Le cratère de Cova ne se dévoilera pas complètement, mais nous apercevons des champs de maïs, quelques habitions. Un âne brait avec force, son cri raisonne dans cet hémicycle volcanique. Une station de pépinière de l'état à l'abandon semble-t-il. Les infrastructures sont encore bonnes, mais vont vite se détériorer. Le manque d'argent pour payer le personnel semble la cause.

Nous passons un petit col et l'air change encore.

Tache d'humidité sous les arbres, l'eau ruisselle sur les végétaux.

Plus humide, si nous pouvons dire ! Les nuages nous bouchent la vue. Nous regardons à nos pieds. Un chemin apparait serpentant.

Vous inquiétez pas, Mimi a toujours des freins !!!

Les virages sont tellement serrés et rapprochés que nous dirions un chemin à plat dont les méandres auraient été rapprochés pour se toucher. Mais non c'est abrupt ! La perspective donne une impression de plat.

77 virages exactement pour descendre dans la vallée. Des plantes endémiques poussent sur la falaise. Nous sommes en admiration devant le travail qu'a représenté dans le passé la construction des murets, chemins pavés…

Puis, tout un coup, le vert à la fois apaisant et provocateur de la RIBEIRA DE PAUL. « ici, il y a encore de l'eau » nous explique Emmanuel. Nous entendrons et verrons notre première rivière au Cap Vert.

Les terrasses sont opulentes, les arbres magnifiques…

Tout au long du chemin, les trapiches (lieu de fabrication du grogue : des alambics en plein air) fument. Notre guide a plusieurs reprises y a quelqu'un à aller voir !!!! Nous buvons notre bouteille d'eau en attendant. D'ailleurs, nous croiserons beaucoup d'hommes saouls, même des jeunes. C'est dimanche et le trapiche est le lieu de rencontre…

PASSAGEM, jardin public à l'abandon, alors que l'endroit a été construit avec goût, épousant les mouvements du terrain, la présence d'un arbre centenaire. Nous ressentons un mélange de bien être dû à la beauté du lieu et de tristesse et désœuvrement de ce lieu fantôme.

Les villages et les quartiers de PAUL sont soit pimpants, soit de vrais tas d'ordures.

Vers 13h, la mer surgit au détour du chemin. Repas dans un restau pour touriste comme nous ne les aimons pas, mais l'ambiance y est sympa et nous y croisons notre suisse de Mindelo complètement transformé après quelques jours de marche, grogue…

Visite d'un trapiche traditionnel, dégustation de grogue et poncha puis retour à la pension pour une bonne douche et du repos pour les rotules fumantes d'avoir fait un dénivelé quasi continu de 1000 m.

Cette rando me rappelle un film « l'île sur le toit du monde » me dit Rémy : « Dans un pays complètement pris dans les glaces, dans un ancien cratère de volcan, des explorateurs trouve un écrin de verdure… Le jardin d'Eden c'est ici ! »

 

Porto Novo

Descente vers Porto Novo, la face désertique de Santo Antao.

Nous rencontrons Paula Mendiche de l'antenne du Ministère de l'Agriculture de Porto Novo. Elle ne parle pas français, le comprend un peu. Nous comprenons ce qu'elle dit en portugais, nous répondons en français encore incapables de tenir une conversation. Mais, nous sommes contents de constater nos progrès ! Nous apprenons peu de choses que Alberto ou Franscisca nous aient déjà apprises, mais selon la personne les détails sont plus ou moins appuyés selon leur sensibilité, la situation géographique, sociale… 

Nous prenons contact avec un responsable de l'ONG agricole ESSOR qui est basée à Porto Novo. Nous attendrons en vain au lieu de rendez-vous !??

Porto Novo est une ville assez grande, mais avec peu d'intérêt. La plage est petite et sale, apparemment la pêche est interdite à cause d'un germe intoxiquant fruits de mer et poissons.

La mer dans le canal entre les îles écume. Nous prenons le jet pour retourner à Mindelo. Dans le port, le vent arrache des paquets d'eau au petit clapot qui nait dès deux mètres du bord. Jamais vu ça !

C'est comme à Dieppe... sans la pluie !

Au revoir les marins !

 

Nous retrouvons la Mouette qui tire sur ses amarres. Ravitaillement en eau avec particules suspectes en suspension. Nous retournons au mouillage  pour passer une nuit calme.

Difficulté de mouiller entre les bateaux. Je mets à tremper la lessive, Rémy se pose pour lire un peu. Alors que je frotte les chaussettes, je me retourne suite à un petit bruit qui attire mon attention… « Salut toi le chien » puis je réalise que le bateau du voisin se rapproche de nous. « On dérape ! » Branle bas de combat : moteur, gants,… tout le monde sur le pont. Heureusement pas de casse, une risée nous dévie. Rémy remonte une "tonne de salade" (comprendre les fameuses algues vertes responsables de l'eutrophisation de nos petites baies, voire côtes bretonnes, manche… qui s'alimentent de nos phosphates). Un petit tour, nous replantons la pioche pour la troisième fois qui sera la bonne. Ouf ! 

 

22 février : Ribeira du Juliao, vallée irriguée par l'eau la ville de Mindelo traitée par lagunage.

Quelques jours plus tôt, notre tentative au Ministère de l'Agriculture est fructueuse. Mme Francisca Duarte Fortes, directrice de l'antenne du Ministère de l'Agriculture de Sao Vincente, m'accorde un entretien et nous propose d'aller visiter la seule zone agricole encore en activité.

PAS DE PLUIE DEPUIS 4 ANS ! Je n'en crois pas mes oreilles. Du coup, les eaux usées traitées par lagunage sont réutilisées depuis peu pour… irriguer les champs. Certains légumes ne reçoivent pas cette eau traitée.

Nous visitons  plusieurs agriculteurs.

 

Un agriculteur a eu la visite hier d'un américain qui voulait lui donner des « médicaments-pesticides » pour soigner les cultures. Il était même prêt à faire le traitement. Cet homme généreux était recommandé par l'église du coin. « Ca leur coûte moins cher de venir vous donner les produits que nous refusons désormais d'utiliser en Europe. Quitte à payer le transport par bateau ! Que de payer leur destruction en usine à plusieurs euros du kilo. Nous les considérons comme déchets spéciaux : leur transport et destruction sont réglementés et très onéreux.» expliquais-je à Francisca et au paysan qui avait flairé l'arnaque. Ils me regardèrent avec stupéfaction. Pas besoin d'en dire plus… J'insiste sur le fait que « ce ne sont pas des médicaments, comme il vous a présenté cela, c'est dangereux pour vous les utilisateurs et ce n'est jamais anodins pour les autres organismes vivants à proximité».   

   


Posté le 26/02/2008 | 37 consultations | 2 commentaires | Voir et commenter l'article

Mindelo

19 février : quand les annexes volent au vent, l'équipage reste en plant !

Nuit ventée, mais nous n'avons pas de houle ni de clapot, donc le bateau pivote sans nous secouer. Le vent montre peu à peu durant le déjeuner pour s'établir à 25-30 nds. Les voisins un peu plus dans la baie ont eu droit à 42 nds !

Nous voulions aller au Minsitère de l'Agriculture et de l'Environnement pour avoir plus d'infos sur l'agriculture cap verdienne, mais nous ne pouvons pas débarquer sans risquer de nous retourner. Le moteur de l'annexe ne s'en remettrait pas. Nous ne prenons pas le risque.

Du coup, blog, lessive, lecture, préparation des routes futures… nous nous occupons dans notre bateau à roulettes ! 

Voici les restes de notre drapeau cap verdien (cousu main) après la fameuse nuit à Sta Luzia (80 km dans les pointes). 

Le vent s'est calmé nous pouvons vous donner des nouvelles !!!

 

18 février : nous perdons la notion du temps !

Bien reposés, nous laissons notre annexe à la marina pour 100 esc. (1 €). Nous allons prendre une douche au « Club Nautico ». Propreté correcte. Nous restons un peu à apprécier les joies de l'eau douce et fraîche, à volonté.

Nous allons explorer Mindelo. « Nous ferons les papiers demain, nous sommes dimanche c'est fermé. »

 

Ruelles aux façades colorées. Femmes avec grosses bassines en plastique entre leurs cuisses. Elles vendent soit des légumes (petits poivrons verts, piments, oignons…), du poisson, des beignets… Les discussions enjouées résonnent et se mélangent aux musiques qui sortent des bars et boutiques.

 Réplique de la tour de Belem.

Au pied de la réplique de la tour de Belem : barques chamarrées, pêcheurs réparant leurs filets, attroupements autour de joueurs de cartes… 

 

Le marché aux fruits et légumes, il y en a un autre pour le poisson.

Nous trouvons sans peine la boulangerie que Julie nous avait indiquée. « Ce n'est pas cher ici le pain ! Quatre petits pains aux céréales pour 50 esc (50 cts d'€). » Rémy n'en revient pas.

 

  Nous cherchons un restau pour midi. Nous fuyons ceux remplis de touristes. Nous entrons dans un petit bar, au sol propre, patron et serveur accueillants. Sur la carte « Cachoupa » en demi portion ou portion complète. C'est LE plat national du Cap Vert que nous n'avons pas encore eu l'occasion de déguster. Les recettes sont variables, mais la base est faite de maïs grain, haricots, igname avec de la viande ou du poisson. Nous commandons deux demi-portions. Le serveur nous apporte deux petites assiettes bien remplies, garnies de porc, de rondelles de chorizo frit et un œuf sur le plat. Autant vous dire que nous sommes vite calés, mais nous finissons tout. C'est très bon, je crois que nous en mangerons régulièrement.

Ingrédients pour la Cachoupa : haricots, maïs, blé... sans oublier le piment pour la sauce.

Un touriste avec un gros sac à dos rentre dans le bar. Au bout de quelques instants, il vient nous demander si nous parlons français. Nous l'invitions à notre table. Il vient d'arriver hier au Cap Vert pour quinze jours, il va à Sao Antao, faire de la rando. Il est de Genève. Nous nous séparons car il doit prendre le ferry après des échanges sur nos impressions sur le Cap Vert : pauvreté, sècheresse, attitudes des touristes français, pseudo colonialisme italien, chinois…  et surtout gentillesse et authenticité des cap verdiens.  Au milieu de la conversation « Mais nous ne sommes pas dimanche », le franco suisse nous regarde étonné. « Quel jour sommes nous ? Nous ne savons plus, depuis ce matin nous hésitons ??». « Ben, lundi », il comprend que nous ne blaguons pas. « Ca s'est mon rêve, avec le boulot que je fais… Oublier quel jour nous sommes ! J'espère que mon séjour va déjà me permettre de souffler ». Nous lui souhaitons une bonne traversée vers Sao Antao (il a facilement le mal de mer) et de bonnes vacances.

Alliance française de Mindelo (facade bleue sur la photo) : belle bâtisse, mais sans âme. Demande veine de renseignements sur les ONG françaises. Petit guide franco-capverdien dans présentoir, mais rupture de stocks et impossible de nous vendre le dernier exemplaire. Nous obtenons quand même quelques infos : ministère de l'agriculture, cybercafé pas cher.

Consultation des mails : que du bonheur. Des nouvelles du Mali, de l'Aber Wrach, de Dieppe, des Vosges, photos des petits zouzous au carnaval… Nous sommes nombreux à faire le voyage !

 

 

 

17 février : nuit pourrie !

Réveil brutal en pleine nuit. « 25 nds, en direct de la montagne ». Bruit de soufflerie en continu. Mouvements secs du bateau malgré le ressort.

Le vent joue avec nos nerfs, ça devient pesant à la longue. Cela dure toute la matinée, avec maximum à 35 nds. Le mouillage devient impossible et pas sûr. Nous voulions rester une nuit de plus, mais pas de plongée, ni de descente à terre possible. Nous décidons de partir.

A 14H (3 heures avant la PM), nous quittons le mouillage par 27 nds dans les rafales. Dès que nous nous écartons de la côte, pour nous contrarier, ça diminue à 18 nds.

Nous empruntons le canal de Santa Luzia, un petit bout de « torchon » à l'avant pour appuyer le moteur. Près serré. Vitesse variable de 3.5 à 5 nds.

Brisants turquoises et fumant à tribord comme à bâbord, vagues molles et puissantes à la fois. Spectacle fascinant qui nous rappelle que nous sommes tout petit petit…

Fous de Bassan surfant sur une palette.

Nous rentrons dans le canal entre Sao Antao et Sao Vincente. Vent contre courant. La mer a un aspect… « Bizarre, je dirais bizarre ! Comme c'est bizarre ! »

Falaises zébrées à bâbord, nous doublons un rocher à la forme de tête d'iroquois, trouve Rémy.

 

La baie de Mindelo nous apparait d'un coup. Gros bateaux de commerce, constructions, silo, grues… quel contraste après l'île désertique et la côte nord de Sao Vincente.

Après la digue des ferry, le port de plaisance apparait, à sa gauche le mouillage. Tout parait calme.

Bonite grillée au citron vert, purée de pois chiche.

RE-« enfin une bonne nuit ?? » en nous couchant telle une incantation cette fois-ci !

 

16 février : notre première Bonite !

Départ de Tarrafal pour Santa Luzia vers 9H.

Pas de vent le long de la côte, ce qui permet à Rémy de… réparer le pilote. Le câble électrique s'est arraché lorsque nous avons rangé (non délicatement nous l'avouons) les caisses, matos de plongée… dans le coffre arrière.

Poissons volants autour du bateau. « Ca chasse ! » Installation des attrapes poissons.

20-25 nds arrivés à la pointe, en quelques minutes.

Nous croisons Nadia et Patrick, les niçois qui nous avez prêté leur scooter à Sal. Chaleureuses salutations. Rémy tente un contact VHF.

Alors que je remonte ma mitraillette, Rémy constate que je l'ai montée à l'envers. Nous installons un élastique pour qu'elle ne soit pas en direct, afin de ferrer en souplesse.

Petite potée de légumes frais. Nous pensons à l'équipe des femmes qui nous ont servie dans le petit marché aux légumes de Tarrafal. Pleines d'attentions, leurs mains précautionneuses nous tendent une gamelle, prennent les légumes, leurs yeux pétillants au milieu de visages ridés, burinés par le soleil, leurs sourires souvent édenté mais tellement lumineux... Des regards profonds et vrais, malheureusement que nous ne croisons pas souvent dans notre « douce France ».

« Regardes l'élastique, il y quelque chose ! ». Je remonte la ligne. Elle file à l'oblique « Oui, poisson, ça y est enfin ! ». Une trace argentée fend l'eau, se débat… « Un gros maquereau ou une bonite ?»  


« Passes moi du whisky ! » Je regarde Rémy étonnée « Du whisky ? ». Rémy me montre une technique que je ne connaissais pas pour estourbir une belle bonite : un dé de whisky dans le gossier. NB : ne pas prendre du « grogue » local, elles adorent et sont ravigotées.

Arrivés au mouillage dans une baie tranquille et qui semble très bien abritée. Santa Luzia la désertique s'étale dans les rouleaux turquoises.

Virginie et Yves, les savoyards rencontrés à Sal, sont là. Un autre bateau dans le fond vers le campement des pêcheurs.

 Nous gonflons l'annexe, sortons le matos de plongée apnée. J'opte pour la combinaison 7 mm, Rémy passe mon shorti. Repérage en vue d'une plus grosse expédition demain matin. Fonds riches en poissons de toutes tailles et couleurs, dont une sorte de gros mérou noir et bleu. Rémy veut faire un test de fusil, mais la mer redescend et brasse les fonds moins profonds, moins de lumière car le jour décline. Partie remise à demain !

 Nous allons saluer Virginie et Yves, ils nous invitent à boire un coup. Nous échangeons sur nos rencontres, navigations, randos… depuis Palmeira. Chaleureux moment.

« Enfin, une nuit calme… » pas de vent dans la baie quand nous fermons les yeux.


Posté le 19/02/2008 | 48 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article

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